Sexe = Amour. Qui peut encore croire cela ?

Les semaines passent et la raison trépasse. Pour défendre l’indéfendable, la violence mutilante de l’être profané par intromission dans l’intime d’une arme phallique, on nous rabat les oreilles d’une prétendue liaison douceureuse entre l’envie de pénétrer et les émotions d’un organe aux élans pusillanimes : le cœur. Autrement dit, pour faire plus clair aux poètes en sommeil, on nous fait croire que sexe et amour vont automatiquement de pair et qu’il s’en suit, par une règle de trois qui n’aura pas la médaille Fields, que toute pénétration aussi douloureuse soit-elle, est dictée par la flèche de Cupidon.

Selon cette mathématique fort convenable, les pervers pédophiles ne sont pas des prédateurs de petits pour incapacité à diriger leur libido perverse vers un être en capacité de leur filer une baigne en représailles, mais de vieux angelots assoiffés d’amour dont les chérubins pré-pré pubères raffolent au motif qu’ils ont le cœur qui leur ouvre tout grand les voies vaginales et rectales.

Magnifique ! La raison des malins a des motifs que la raison des chauds lapins et fiévreuses levrettes ne devrait pas ignorer au moment de basculer sur la couette. C’est pourquoi il est temps de se demander : mais au juste, qu’est-ce qui meut la queue ? Plus encore, s’agissant de l’amour : vous l’avez déjà géolocalisé ?

Pour tenter une réponse, faisons chacun, chacune, un tour dans notre mémoire. Le mâle en rut en pleine levée de virilité se précipite séance tenante sur l’élu(e) de son cœur et si le Valentin ou la Valentine est aux abonnés absents, il s’abstient ? Tiens donc !

V’là-t’ y pas que le bandeur, mû par l’amour, s’éprend illico d’une pute à cinquante euros, d’un trou de balle pété de gros poils, d’un thon doublé d’un cageot, d’une moule crue ou plus que recuite ou que son cœur lui fait faire la tournée des grands lucs où il aime à foison et pour pas longtemps vagins et rectums anonymes qui lui passent sous le gland.

Ainsi, à peine l’examen du sujet posé, est-on en droit de se demander si l’amour est aveugle ou si l’homme s’aveugle sur l’amour ?

Aussi poursuivons notre quête de la raison du saute-mouton peu sélectif du porteur de tromblon que nous connaissons tous. Et là, que sommes-nous obligés de reconnaître même si nous sommes des abonnés de longue date du Sieur Déni ? L’existence de déclencheurs de l’érection. Et que sont ces déclencheurs mesdames et messieurs ? Voyons, voyons ? L’émotion ? Le cœur chaviré, épris d’une personnalité attachante vibrant à son diapason, l’alter ego reconnu entre tous auquel nous sommes unis par les liens sacrés de la divine destinée ?

Navrée de vous casser la romantique story et de vous ramener aux ressorts basiques de la psyché et de la biologie des pulsions, mais l’érection procède de stimuli de tout autres sortes.

Pour commencer, et selon un sondage oh combien scientifique, à la question « Qu’est-qui vous donne envie de « faire l’amour » (moi j’ai pas connu de « faiseurs » d’amour), la majorité des sondés a répondu : des draps propres. Ça commence mal pour les mobiles amoureux ; les capteurs kinesthésiques marquent le point.

Essayons alors de débusquer la love dans le mobile numéro deux qui porte à niquer –  joli vocable si tendrement éloquent qu’il prouve à lui tout seul ma démo – la compétence masculine number one : le matage. Pourquoi qu’il y mate ton fessier et tes nibards le pas encore chaud lapin ? Parce qu’il monte aussi en puissance érectile aux déclencheurs visuels. Avant, avec les draps, il se montait la queue en mode tactile. L’évocation du toucher du drap soyeux lui réveillait les capteurs sensuels mais maintenant il envoie sa queue en l’air avec un rebondi qui dandine, une bouche rouge pétard, des bas fantaisie de grues très fréquentées, des talons hauts plus que sadiques et des ficelles de string bariolées.

Mais laissons là le trop connu déclencheur visuel et passons en revue le déclencheur mental, celui qui tend la perche ou mets de l’huile en fonction de ses croyances et décisions. Si Bite-en-Toc et son pote Toqué–de–la Bite ont conçu un jour que seuls les petits garçons de moins de dix ans seraient à leur goût, alors ils lèvent leurs engins à la carte d’identité. Si le mioche a onze ans et demi ou s’il est de sexe féminin, il est sauvé, le popol à pauvre con est enrayé. Si le minot est vraiment minot, l’autre conçoit illico de l’amour pour lui. C’est comme ça ; Vénus c’est pas réservé au féminin ! Et côté « Mars attaque le clito par le mont épilé », si elle a décidé que l’argent seul était sexy, elle déclenchera ses ardeurs de femelle à la seule évocation d’un paquet de tunes détenu par n’importe qui pourvu qu’il sente l’oseille des pieds jusqu’aux aisselles et restera sèche comme saucisse archi sèche d’une ex archi prêtresse du sexe maîtresse de ses fesses à la vue d’un joli minois couché sur la chaussée. Je sais, c’est cliché, mais le cliché est souvent pas loin de la réalité.

C’est comme ça qu’une éditrice devenue notoire ces temps-ci s’est fait berner le cœur, ou plutôt l’ego maquillé pour faire bon genre, en croyant que son pédo-loveur en vue n’en avait que pour ses beaux yeux, à elle. Seulement, dès que ses beaux yeux ont passé la barre fatidique des quinze berges la vieille a pu aller se les rhabiller en verres teintés, ils ne rentraient plus dans les critères de pâmoison du vieux pas beau. Bon, à sa décharge, c’était à sa mère de la désillusionner vu son âge de non raison et d’arrêter ses galéjades, son feu aux fesses pris pour amour pur.

J’ai eu une copine comme ça au lycée. Elle était pas peu fière de se faire trimbaler, gâter et trombiner par le papa de son amoureux, PDG d’une boite pharmaceutique Suisse. Elle jouissait de nous montrer son manteau doublé peau de marmotte (je n’invente rien) et la joie lui montait aux yeux rien qu’à évoquer comment papy l’avait prise sans résistance à quatorze piges sur la table de la cuisine où sa maman mal aimée d’elle faisait la pâtisserie. Je crois bien qu’en guise de déclencheur, c’est la mine outragée de sa mère qui la faisait orgasmer. Son compère en débauche, quant à lui, n’avait pas besoin de sollicitations externes pour sauter sur tout ce qui bouge. Il faisait pas dans le tri sélectif ; lolitas, lolitos, femmes mûres et pairs en burnes, tout faisait l’affaire de son six coups qu’avait la gâchette alerte mais pas le cran d’arrêt. Mais bon, il a été chic avec elle, il l’a mariée, à ce stade de vulgarité on ne peut pas dire épouser, quand elle attendait son xième enfant. Elle portait ce jour-là, outre la ravissante robe blanche signalant à tous sa virginité très présumée, sur la tête une pièce montée de cornes à déchirer les nuages. Ça puait l’amour les amis, je ne vous dis pas !

Enfin il reste encore un déclencheur qui mérite d’être cité pour sa fâcheuse tendance à être plus que sollicité : le désir de faire mal. Ah l’amour de dévaster, d’enfoncer, de défoncer, de matraquer, de baiser, de foutre, d’enculer… !  Que de poésie dans ce tendre vocabulaire en mode Eros part en couille ! Ce sont nos gentils mâles en mal de mal qui nous le disent si bien ! Ces mots si usuels décrivent si bien leur réalité spirituelle, celle qu’ils conçoivent en esprit, dévaster l’autre à la trique.

C’est vrai, violer c’est vital. Dominer et dominer encore, le leitmotiv pas encore usé de la masculinité néandertalisée, ça, comme agent de déclenchement des agents blanchissants, c’est navrant fréquent.

Mais y a pas de quoi se mettre la chatounette en cacahouète. Si on te dit que c’est de l’amour qu’ils te font, tu serais bien avisée de le croire parce que de toute manière c’est ça ou c’est ça. Qu’est-ce que t’as à chialer minet et minette ? Da, t’es défoncé mais si bien baisé, si bien aimé. Tu pleures petite crevette sensible ? Mais pourquoi donc ? L’amour c’est tendre fleur qu’ils disent, même que des réalisateurs ils en sont tout couronnés tellement qu’ils font du bien à l’humanité en artistes oscarisés de la bitcam en travelling avant arrière dans micros vulves.

C’est qu’on voudrait nous faire croire que nos sentiments d’après l’« amour » sont à côté de la plaque, que l’amour ça fait ça, ça détruit. Ça détruit le sentiment de notre humanité quand on se rend compte qu’on était qu’un porteur de déclencheur, un porteur d’organe qui appelle le déversement des eaux sales, un vase clos pour récupération de produits biologiques déstockés. Ça détruit notre besoin d’affectivité quand on se rend compte qu’on est juste utilisés, salis, dévastés. Ça détruit notre besoin de relations, de partage d’âme à âme quand on se rend compte qu’on est rien pour l’autre qu’un artefact de passage qui s’est trouvé là quand un signal fatal qu’on avait sur soi s’est trouvé allumer sa libido banale.

Après, si on est pas trop pute, on a mal au cœur, à l’âme, mais au corps souvent aussi quand, au carnaval des motifs bancals, on rajoute le coït avec effraction, le fracassage des portes de nôtre si facilement prenable forteresse doublée de son inefficace warning qui stridule en vain « non, non, non » dans sa panique alors que l’animal abominable arc-bouté dessus, tout à son plan de dévastation, outrepasse l’interdit peu interdit par une justification vérolée : « Elles aiment toutes çà ! ».

Alors, si les défoncés font des années de thérapie pour récupérer des affres de l’amour perpétré, pourquoi nous fais-ton à tout bout de champ, l’apologie du sexe ? S’il n’est pas si aimable que cela, s’il fait mal au moi, pourquoi le promouvoir en grand comme plaisir incontournable ?

Parce que l’excitation sexuelle, pour certains, c’est tout bon. Plus tu bandes, plus tu mouilles, plus t’es dans un état sans contrôle qui cherche son plaisir partout et plus tu te rues sur tout ce qui sollicite ton désir. Tu me vois venir ? Oui. Quand t’es chaud patate t’as la frite ou le bout de cornichon qui te prend la tête et t’es prêt à acheter tout ce qu’on te propose pour combler tes appétits de sensualité, de dominance, tout ce qui est censé te rendre plus attractif pour les petits coups de purée instantanée. Quand t’est excité, tu cours partout en quête d’assouvissement et t’es plus en état de te discerner. Oui, le marchand qu’est le king pas con de ce monde a intérêt à t’exciter la libido parce que ça te fait ouvrir tes bourses en grand. Et ça, crois-moi, il sait, lui, que c’est pas l’amour qui te met en branle, il sait que ça passe par les odeurs, les images, les sons et les promesses qui sucent l’ego un max. Et crois-moi, pour ce qui est de te baiser, c’est un as !

Alors si tu ne veux pas te faire attraper, passer ta vie à raquer et rembourser, trimer pour tripette, arrête de croire à ce que veut croire ta vanité ou tes promesses de plaisirs avariés. Non, t’es pas la reine des cœurs, oui les mecs baisent plus de boudins que de femmes bien,  non les femmes t’aiment pas parce que tu le vaux bien. Non. La vraie story est pas à l’eau de rose, elle est à l’eau de chagrin. Mais je ne dis pas çà pour te dégoûter de la chose, si t’es décent l’amour absent y suffira amplement, je dis ça pour que tu oses, la chose qu’on n’ose plus te dire parce que ceux qui savent sont traités par le rire. Cesse de céder à des déclencheurs qui te dirigent par le bout du nez. Apprends à maîtriser ton énergie la plus forte, ta libido, afin qu’elle cesse de se perdre dans des riens pour des sous-gains. Mets-la en demeure de te donner ses forces pour te construire bien et créer du beau pour toi et les tiens. Et pour ce qui est de l’amour, cherche-le là où il doit se trouver pour que tout bonheur commence enfin : en toi, l’amour pour autre que toi.

Devinette

Si t’aimes pas les réponses toutes faites et que tu veux en toutes choses avoir raison, mets-toi au casse-tête de la présente devinette.  

 

Si amour n’est pas égal à sexe, alors qu’est-ce que c’est ?

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