PMA : le père qu’on espère

Agnès Buzyn, dans son grand combat pour le déchet humain via le grand renversement du vivant par la science et son rejeton semi maudit la technologie, a affirmé qu’une femme pouvait être un père puisque le père se résumerait à une fonction symbolique pouvant être exercée par n’importe quel membre d’une famille recomposée parce que décomposée. Praticiens du DSM (Manuel diagnostique des troubles mentaux), je ne sais pas exactement dans quelle catégorie vous allez la caser, mais je suis sûre que vous allez trouver.

Elle soutenait son argumentation par une preuve fondée sur ses désirs d’une réalité soumise à ses élucubrations, en omettant tout ou partie des données. Rien que la référence annoncée en prouvait la billevesée : « Tout démontre que… ». On sent la référence non référencée qui marquera les annales de la psychologie sociale.

Moi qui ne suis pas scientifique, j’ai eu une autre approche du père et de ce qu’il représentait pour ses enfants. Pour ce qui me concerne, c’était un chiatique que j’aurais souvent préféré dématérialisé dans le symbolique, mais pour eux c’était un grand absent. Eux, c’était une classe d’apprentis cuisiniers à qui j’enseignais la communication en terres d’aéronautique. Ils venaient des « beaux » quartiers du Mirail où on trouve ce qui se fait de mieux en matière de racaille juste après ceux de Levallois Perret. Ils étaient charmants, confondants.

Quand je suis arrivée, ils m’ont scruté, les pieds dans quelques starting-blocks prêts à déclencher. J’ai parlé, je leur ai parlé, les pieds se sont calmés. Quatre heures les ont vus passer, concentrés, attentifs, rassérénés. En partant, deux d’entre eux se sont arrêtés devant mon bureau pour s’excuser. S’excuser de quoi, je ne comprenais pas. Alors l’un a dit, « Madame, on voulait vous faire des chicanes, des misères, on avait prévu des coups tordus.» Je les regarde ébahie et je réponds : « Mais vous ne l’avez pas fait, alors pourquoi vous excuser ? » Regards gênés et corps qui s’entortillent sur eux-mêmes, ils s’en vont, je les retiens. « Mais au fait, pourquoi vous ne les avez pas faites, vos âneries ? « Parce que vous madame, on a compris tout de suite que vous nous aimiez ». Ils avaient besoin d’amour, ça tombait bien, j’en avais un paquet, dont personne ne voulait. 

Avec eux j’ai eu une année enchantée, comme il en arrive quelquefois dans mon métier, une classe soudée qui remontait en ramant gentiment vers le plus compétent, jusqu’au jour où c’est arrivé.

Il n’était plus là. Autour de la place vide un bloc de misère effondré, un corps de douleur éparpillé, au tapis, un corps multiple uni dans le connu d’une commune  sensibilité. Il venait de se tuer. Une balle dans la bouche. Ils venaient juste de l’apprendre, un collègue chef de cuisine venait de le leur signaler. Il était là, devant eux, comme moi, comme nous, démonté.

On s’est regardés, désemparés les yeux égarés se raccrochaient à ceux qui les accrochaient. Le suicidé, il n’avait pas été leur grand ami, il avait toujours été en retrait, à l’ouest comme on dit aux abords de la ville rose, prisonnier de son mutisme. Mais là il était des leurs, des nôtres, plus présent que jamais bien que plus absent pour toujours.

Alors j’ai improvisé, je les ai laissé me le raconter. A mon tour de vous le dire.

Il était désespéré, désespéré de solitude noire, de solitude répétée, incrustée, ancrée dans la moelle de ses os. Sa mère n’était plus, il vivait avec son père un de ces appartements où de nombreuses vies piaillent à toute heure du jour et de la nuit et où pourtant aucune âme ne vous répond. Mais son père ne le voyait pas, ne le calculait pas. Le corps de son fils était là mais le père vaquait à ses occupations, ses préoccupations, ses récréations sans que son image bouscule ses rétines, sans que sa conscience capte une présence, sans qu’un indice ne le mette sur la piste d’un être à ses côtés.

Alors le fils s’était rebellé. Il avait déployé tous ses talents pour le heurter, le faire bouger, l’escagasser pour qu’il le reconnaisse exister, le titiller pour décrocher qui un regard, une tempête, un rictus, une claque aux fesses, un échange même violenté, tout plutôt que rien du tout. Mais il avait échoué. Le roc d’inertie paternelle n’avait pas cédé d’un iota, la solitude était plus que jamais là. C’est alors que l’idée a germé. S’éliminer, s’éliminer pour l’obliger, l’obliger à le considérer, à vivre son absence à lui, lui son géniteur qui faisait le mort en sa présence. Il a mûri le coup. A son père, à côté de ses os refroidis, à côté de l’arme paternelle dont il s’était servi pour liquider sa vie, il a laissé une lettre en guise de mitraillette : « Maintenant, quand tu suivras mon cercueil, tu seras bien obligé de me voir. »

A cette évocation nous avons tous pleuré. Pas des larmes de crocodiles, des larmes de honte de n’avoir rien su, de n’avoir pas vu, de ne l’avoir pas retenu. On les contenaient tant qu’on pouvait pour pas se laisser gagner par le déluge qui menaçait. On y est arrivés, on a mis dix minutes, on a refoulé tant qu’on a pu et on y est arrivé. On s’est encordés dans la douleur qu’on a fait muette pour l’apprivoiser jusqu’à ce qu’une voix se lève dans la pesanteur des pensées. « Vous savez madame, nous aussi souvent, on aimerait faire comme lui, nous aussi on y pense. Nos parents, vous savez, eux aussi ils n’en ont rien à faire de nous. »

La messe était dite, la maudite. Le silence de plomb et d’approbation dans toutes les têtes valait extrême onction. Après seulement, la catharsis. Mais je vous passe les détails. La suite, c’était une marée noire de flots de mots asphyxiés d’enfants abandonnés à errer dans la cité par des parents accaparés par le travail, les soucis, le sexe et la télé.

C’était il y a plus de dix ans, je ne les ai jamais oubliés. Ils reviennent me hanter. Aussi, madame la ministre ex-doctoresse, quand je vous vois brader la parenté pour des mobiles inavoués, et certains de vous suivre sur ce terrain pour tous nous souiller, j’ai envie de cracher.

Les enfants, arrêtez de les faire si c’est pour les abandonner. Arrêtez de les condamner à des privations d’identité, de repères, d’affectivité. Arrêtez de les prélever, de les triturer, de les « dé-génétiser », de les congeler, de les décongeler, de les inséminer, de les commander, de les acheter, de les livrer. Arrêtez de les dénaturer. Arrêtez de les entraver dans leur humanité en les confiant à des robots, des succédanés qui ne sont que virtualité et apprentissage de l’inanité.

Les enfants, ils veulent de la présence, du lien, être pas rien pour ceux qui les ont faits. Être regardés, être appréciés, être accompagnés. Ils veulent un père pour leur ouvrir la voie, guider leurs pas, leur tenir le guidon du vélo pour pas finir sur les cailloux, apprendre à naviguer dans la vie si compliquée, être protégés de ses duretés le temps qu’ils soient prêts à s’y aventurer. Ils ont besoin de modèles braves et honnêtes pour faire rempart à la folie du monde déluré qui va mourir pollué. Ils veulent de la transmission, de la raison, de la vraie, pas de ces cours formatés qui enseignent des trucs dont on a jamais besoin et rien sur ce qui vaut vraiment : l’humain.

Vous, madame la ministre de la santé – j’essaye de dire votre titre sans tiquer – vous voulez priver les enfants à naître de pères, après ce sera de mères avec la GPA qui est le vrai enjeu et ainsi de lignées. Vous voulez casser l’alpha de toute société, enfin, casser ce qui en reste encore : nos origines, le lien avec notre humaine parenté, notre place dans les règnes du vivant.

Il y a un mot pour dire ce que vous êtes en train de faire mais si je dis ce mot, vous pourrez me faire condamner. Car aujourd’hui dans ce monde à l’envers, ce monde des pervers, c’est ceux qui font le mal qui ont la loi pour eux et ceux qui le dénoncent qu’on juge au tribunal.  

Aujourd’hui !

Car nous ferons que demain le bien redevienne le chemin et le premier pas pour qui le veut bien commence là : arrêter de donner prise à la folie. Oui, en soi, stopper la contagion !

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