Médecins ou assassins ? Telle est la question.

Les hommes aiment donner la mort, je reprends leurs mots. Cette vérité longtemps édulcorée, présentée comme le fait exclusif d’individus frappés de monstruosité au passé mal famé ou aux gens lambda poussés par des circonstances exceptionnelles, n’est plus occultée, ni même maquillée.

Ce temps de la pudeur d’assassiner est passé grâce à notre nouveau gouvernement, rejeton faux-jeton d’une « éthique » libérale de la gagne qui renomme l’amoral pour le faire coïncider avec ses intérêts hégémoniques et qui ne connait ni honte, ni morale, ni modération dans la répression de ceux qui pâtissent de leurs exactions ; et ils sont des millions.

Ainsi la chronique nécrologique parle aujourd’hui d’hommes de notre nation, qui comme de nombreux allemands soixante-dix ans en arrière, rentrent chez eux le soir caresser leur chien, leur femme et leurs chérubins, donnent à tout un chacun des leçons de savoir-vivre au bistrot du coin et font la fête après avoir copieusement tabassé, mis en cage, en bière ou aux urgences leurs voisins, donné l’ordre à des sous-fifres de faire ce sale travail létal, couvert les précités criminels en les blanchissant par bas fait de justice ou légalisé la mort autorisée en début et en fin de vie avant que de l’étendre à tous les âges.

Mais dans cette cohorte d’hommes mus par la jouissance de tuer nous pouvions encore croire en une boussole archaïque pour nous prémunir d’eux : la catégorisation. De fait les naïfs jugeaient en toute bonne ignorance le camp d’appartenance des uns et des autres sur la foi de leur profession ; les bons dans les métiers de l’aide, de l’enseignement et de la justice, les mauvais dans ceux de la répression et de la police.

Mais toute cette quiétude mentale est tombée par terre quand le « bon » Dr Sanchez a dégainé son arme fatale, l’anorexie sous anesthésie, parce qu’un certain Vincent Lambert a refusé de souscrire à son diagnostic de « mort décérébré » et s’est mis à survivre, survivre, survivre encore malgré les assurances de sa prétendue science.

Il nous a donné à voir ce que nous avions déjà amplement constaté dans le clergé : la duplicité. Côté public, je défends les hautes valeurs du christianisme, côté obscur, je sodomise les tous petits. Côté pile je donne des leçons de savoir-vivre familial, côté face, je m’adonne à la fornication sans perspective de descendance. A l’oral je défends la veuve, le pauvre et l’orphelin, à l’action je défends mes pouvoir et autorité en dînant avec les riches pour les riches. Ainsi en est-il de certains médecins aujourd’hui. D’une voix je prête serment à Hippocrate de ne jamais nuire à la vie, de l’autre, je prête la main à Lucifer pour faire du blé sur les patients en servant les labos ou porte la faux sur ceux qui ont trop de défauts.

Dans le cas du « courageux » Dr Sanchez, ce qui donne le dégoût n’est pas seulement son procédé d’assassinat qui relève de la torture mais son mobile. Pourquoi avoir tué, au vu et au su de tous, un homme dont la famille se disait prête à assurer la survie matérielle ?

Nous avons des antécédents pour nous guider vers la réponse. La première qui s’impose à l’esprit c’est le motif propre au théoricien, celui qui nous inflige à foison sa haute assurance personnelle fondée sur la suprématie présumée de ses savoirs et avis et qui a, malheureusement, autorité hiérarchique pour les imposer à tous.

J’en connais des toubibs de cet acabit. Je vous épargne le menu fretin, je vous livre le cador. Un endocrinologue dans sa tour de CHU d’une ville du sud. La blouse blanche, l’âme grisée au succès. Je pose mes analyses sanguines sur son bureau. Il y jette un œil, pas deux, ses minutes sont comptées, et me décrète les yeux dans les yeux que ma thyroïde est morte, là, pif-paf, à juste quarante balais. Mes yeux s’exorbitent tant ils doutent, ce qui l’amène à se fendre d’un crobar où tout le circuit des réponses hormonales de la glande vitale m’est expliqué afin d’amener l’incroyante que je suis à accepter cette sentence fatale : Lévothyrox à vie, ce qui va incidemment finir par achever l’organe précédemment dit cuit !

J’objecte que sa production bien que basse est encore dans la moyenne et que cette considération n’est pas compatible avec le diagnostic de mort vu que ce qui est mort ne peut produire encore ! Là, il sort tout de go de ses gonds à mes remarques de pré-jugée cruche. Je me prends une tancée pour oser discuter son analyse et dans les dents un argument qui ne vaut rien mais qui devait me clouer le bec : « Qu’est-ce que vous avez à discuter alors qu’ON a le médicament pour suppléer à sa mutilation tandis que d’autres personnes sont condamnées à mort par leur maladie ? »

Je compatis cinq secondes sur les condamnés à mort, puis je lui demande, carrément ulcérée par la facilité avec laquelle il veut me bousiller cet organe, sur quels éléments il fonde sa prophétie. M Irma La Science me fait alors une projection mortelle basée sur une loi biologique indiscutable qu’il énonce comme suit : « Quand ça commence comme ça, on sait comment ça finit. »

Moi chienne, décidée à achever son air de m’as-tu-vu et à sauver mon intégrité physique, j’enchaîne. « Donc dans combien de temps ma thyroïde morte va-t-elle être complètement kaput ? » Là, à la trentième minute de combat, il gargouille quelques chiffres en années, griffonne une courbe déclinante puis, devant mon air qui lui renvoie en miroir sa débilité, il jette l’éponge d’un : « Bon, c’est vrai, je ne suis pas dieu. » Parce qu’avant, il le croyait ? Oh !

Eh oui, l’homme, un des derniers nés de la vie, se prend pour deus. Il met dix-huit ans à sortir des couches culottes et pouf le voilà omniscient et omnipotent. Et plus il est savant et bardé de diplômes et plus il croit à sa fadaise.

J’ai eu plus de chances que Vincent, je pouvais encore réfléchir, parler et surtout, fuir. Fuir loin de ces dictateurs de la thérapeutique pour arriver à guérir. Mais lui que pouvait-il face à la certitude de ces experts ligués contre son infime chance de salut ?

Néanmoins, il se peut que le « brave » docteur Sanchez soit affecté d’une autre pathologie psychique, celle du militantisme fanatique, qui a pris position un jour, sur une analyse qui se présentait comme science, c’est-à-dire vérité absolue, appuyée qu’elle était par une armada de l’ombre pro-cercueil anticipé. Une position définitive en effet, cloue le bec au doute, ferme le champ du possible et du complexe et prend sans s’effaroucher le risque de s’enferrer dans le sans issue malgré des signes de lumière sur les voies connexes.

La vie nous déroute pourtant souvent, on gagnerait peut-être à ne pas l’oublier. De multiples témoignages à travers les âges donnent d’elle une vision bien moins étriquée que celle que nos technologies peuvent mesurer, mais l’homo « deus médicus » n’en a cure. La vie ne l’intéresse que maîtrisée par lui, elle qu’il définit mesquine pour qu’elle ne brise pas sa routine apprise par cœur dans de longues études répétitives. L’autre, la grande, la toute puissante et créatrice, l’inconnue toute d’intelligence visible dans ses effets, impénétrable dans ses objets, il lui doit la vie, pire, elle le domine. C’est pourquoi il la vomit du haut de son orgueil de tout petit et paye sa dette envers elle en la supprimant, en la dévitalisant, en la mettant sous tutelle. Tuer Vincent, une tentative de changer le rapport de forces, d’obtenir la victoire du minus contre la toute-puissance de la nature qui le faisait vivre en dépit du bon sens ? De son bon sens.

Nous tenons peut-être là la réponse mais il subsiste au moins une autre option sérieuse pour expliquer ce geste atroce : que ce médecin ait agi sous la tyrannie de son ego. Certes, il est admis par les sots que les médecins sont toute rationalité et que leur attribuer cet appendice psychique qui fait perdre la raison au commun des mortels frise la déraison. Osons néanmoins effleurer le blasphème.

Imaginez donc le docte savant sûr de lui, très très sûr de lui, qui annonce à la famille du grand lésé, à la presse, à ses patrons, à ses confrères, aux instances judiciaires du plus haut niveau que Vincent est un légume, qu’il est « fini ». Imaginez qu’il soit suivi dans une quasi-unanimité et soutenu par les plus hauts représentants du pays dans son projet macabre quand ce « légume » se met à lui infliger jour après jour, mois après mois, année après année une agonie qui n’a rien d’un déclin mais d’un retour à la vie ? Que ferait-il devant les faits qui le contredisent ? Féliciter Vincent d’un « bravo l’ami ! » et soutenir son processus de résurrection ou l’enfermer à double tour pour que personne ne puisse constater sa déroute?

L’ego est la plaie de l’humanité précisément parce qu’il pousse au pire pour enjoliver, publiciser et sauver son image. Dût-il tuer un homme pour cela ? Certains tuent pour encore moins. D’autre part, pourquoi se priver de sauver sa face quand ce meurtre est élégamment requalifié par l’opinion et la loi de « libération de la souffrance et fin de l’acharnement à guérir » ?

Vous m’objecterez avec raison qu’il y a des exemples contraires qui sont toute grandeur d’âme. Sont-ils d’assez de poids pour négliger cette hypothèse ? Jugez par vous-mêmes. Prenez une petite feuille de papier, dix lignes suffiront probablement, et notez de mémoire le nom des personnes que vous avez entendu dans votre vie dire, sans qu’on les y force, ces simples mots : « Je me suis trompé. »

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