Le manifeste des Poètes et des Justes

Il était une fois une génération qui n’avait jamais connu la guerre, la servitude, la famine, les épidémies, la misère et l’oppression. Elle croyait aux nobles valeurs du business et du marché, que l’égoïsme de chacun ferait le bonheur de tous et que la liberté de tout vendre, de tout acheter, de tout exploiter ferait de l’argent roi la clef du plaisir de soi.

Elle croyait au travail aussi, que plus elle trimerait et plus elle vaudrait, et beaucoup moins à la morale qui lui semblait létale. Mais plus que tout, elle croyait en la science, qui allait tout apporter, tout développer, tout faire progresser. Elle était sûre aussi, génération bénie, qu’elle était bâtie sur la raison pure et allait par ce fait nous construire une société technologique d’où seraient éradiqués tous les maux de l’humanité.

Mais un jour, le marchand de sable oublia de passer et cette génération n’arriva plus à dormir et, n’arrivant plus à dormir, n’arriva plus à rêver, ni les yeux ouverts, ni les yeux fermés. Alors lui sauta aux yeux la triste réalité. Son smartphone avait évolué mais l’homme en dedans de lui n’avait toujours pas dépassé le double sapiens qu’il était, habile de son cerveau, habile de ses mains, sage, loin s’en faut. De ce fait, de son fait, la terre qui le portait risquait bien de l’enterrer plus vite qu’il ne le souhaitait, salopée qu’elle était par ses terribles méfaits.

C’est pourquoi, j’en étais certaine, il n’y avait pas d’avenir sans homme nouveau, sans réel progrès humain. Alors moi, fille de cette génération Tapie et Compagnie, j’ai créé « Les Poètes et les Justes ».

Deux gangs, l’un sur la bad side de l’homme, l’autre sur sa belle face et leurs démêlés avec la vie, avec autrui. Leur histoire, des histoires qui ne vous racontent pas d’histoires, qui ne vous vendent pas du rêve parce qu’elles ne vendent rien justement, elles reviennent à l’essentiel, nous-mêmes.

Nous qui sommes les créateurs de cette société, de ce monde, nous qui voulons un monde meilleur ou au moins nous sauver du désastre annoncé, nous qui savons, même si des fois nous ne voulons pas le savoir, qu’en restant les mêmes fils de Neandertal que nous étions jadis, nous produirons toujours les mêmes schémas de ravage et de douleur. Nous changerons leur forme, nous moderniserons l’esclavage, la spoliation, la misère, la dictature, la censure, la guerre, l’aliénation, la violence, l’injustice et toutes les calamités que nos états sans âme engendrent à perpétuité, mais dans le fond nous ne changerons rien.  

Sans changer l’homme « inside », nous irons juste plus vite vers la fin maintenant qu’à nos défauts congénitaux sont associés des pouvoirs technologiques phénoménaux qui peuvent d’un clic nous mener tous au tombeau, surtout que nous sommes concomitamment toujours plus nombreux à vouloir la plus grosse part du même gâteau.  

Mais changer l’homme, qui le veut ? 

Personne. 

Changer l’autre, ça oui ; mais l’homme qu’on est, sa part d’homme mauvais, d’homme limité à ses instincts étriqués ?

Qui est prêt à s’attaquer à soi ? 

Dans le domaine du développement personnel ils vous vendent une bien jolie manière de prendre votre soi à bras le corps : vous présenter votre part de mal comme une part d’ombre à accepter ! La révolution spirituelle en marche à reculons. Aimer notre bassesse, notre malfaisance, nos comportements stéréotypés, pas pensés, notre immoralité et il en sortira du bien !

Les gens de pub sont phénoménaux ; on change les mots, on change l’habillage, on vend d’avantage tout en croyant qu’on échappera au naufrage. Mais le mal est le mal parce qu’il fait mal. L’accepter, se réconcilier avec, c’est juste lui donner le pouvoir de faire encore et encore mal et toujours plus mal.

Est-ce que c’est ce que nous voulons ?

Si oui, partez d’ici, ce site n’est pas fait pour vous. Pour satisfaire votre profil il y a déjà une offre excédentaire, vous avez largement de quoi vous éclater avant de vous ramasser. Vous ne vous ramasserez pas, dites-vous ? Vous croyez que la vie en est à sa première extinction de dinosaures ? Si vous êtes de ceux qui voulez une autre issue, alors accrochez-vous. Les « Poètes » vous offrent un décodage des racines psychologique et spirituelles des plaies du quotidien, celles dont nous sommes à l’origine parce que nous sommes construits pour part sur du pas net.

Pourquoi un décodage ? Parce que nous avons en face de nous, individus qui se veulent libres, éclairés, rationnels et aux commandes de leurs vies, des individus très déterminés et malheureusement aussi très bien renseignés pour nous formater et utiliser ce que nous sommes, notre psychologie et notre physiologie et qui  se servent du langage, des images, des sons, des mensonges, des occultations et d’une pseudo logique bâtie sur des concepts creux, pour nous mener à faire ce qui les arrange et pas ce qui nous va bien, pas ce qui assurera notre avenir.

Aussi, en remettant les mots appropriés sur les maux irréductibles de l’espèce humaine, des liens entre notre idéologie, nos adhésions mentales et ce qu’elles génèrent concrètement, j’entends avec « Les Poètes » ramener de la conscience, remettre la machine à penser en activité. Vous verrez, ça demande un peu de vélocité crânienne pour arpenter ces chemins loin du facile à penser et du vite ingurgité mais l’atteinte du sommet, la conquête de notre vraie autonomie est à ce prix : effort, entrainement, persévérance et prise de risque ont toujours été sur la voie des vainqueurs.

De l’autre côté de l’homme, sur son versant éclairé, j’ai donné parole aux Justes, ceux qu’on ignore dans les magazines parce qu’ils ne sont pas people, qu’ils n’ont pas la belle gueule qui fait bander les messieurs et mouiller les mesdames, qui ne font pas le buzz en enlevant leur culotte et en faisant une polémique sur de l’insignifiant mais qui sont l’exemple de vies réussies.

Réussies à leur façon, à la façon qu’on méprise aujourd’hui parce que non adossée à un méga paquet de tunes, des vies juste en harmonie, pétries d’amour et de bonheur aussi, des vies basées sur des aptitudes hors du commun qui créent le bien pour tous, qui paraissent si simples et qui sont pourtant si évoluées. Ces histoires sont plus accessibles dans leur écriture, vos enfants peuvent les lire dès le collège s’ils sont doués, [pas les poètes parce que c’est très libéré et certaines références sont très osées, savoureuses pour les gens vaccinés mais inappropriées pour ceux que l’on veut préserver].

A l’heure où nos idoles sont des sportifs qui durent cinq ans au firmament et des stars botoxées, préfabriquées, si vite périmées, il me semble qu’il est grand temps de revenir aux valeurs sûres, aux hommes habiles et bons, aux femmes bénéfiques et sages.

Ainsi, je vous propose des exemples à éviter, à réformer, à méditer ou à s’inspirer pour apporter ma touche à ce dessein qu’ont encore ou à nouveau certains : bâtir un monde meilleur en se faisant homme meilleur.

Anne Devrière