Le poète à bac plus douze qu’a pas eu vingt sur vingt

C’est l’histoire d’un de ces types qu’on veut savant, qu’on veut soutenant, qu’on croit compatissant et qu’on consulte un jour de grisou, quand les saints auxquels on se voue d’habitude sont en dérangement.

Ainsi, atteinte d’une migraine de couple, je m’en vais consulter un psychiatre pour trouver remède à un « mâle » de chien.

Je patiente comme il se doit dans un couloir hospitalier inhospitalier, agrémenté de « riantes » couleurs humiliées en nuances de brun tirant sur le caca. C’était déjà râpé pour mon désir de vivre puisque, tout un chacun le sait maintenant, seules les nuances de grey vous re-liftent la chatte. Donc, perdante d’avance et asséchée du slip, je rentre enfin dans l’antre de l’homme de science, du fin connaisseur de la psyché, du maestro des boulons déjantés et de la matière grise en vrac.

Il me dit « Bonjour » ce qui, convenez-en, prouve qu’il connait ses classiques. Me fait asseoir. Ouf, tout va bien, jusque-là j’échappe au divan sis derrière mon dos aussi marron qu’une châtaigne.

Puis vint la phrase d’introduction qui aurait dû me donner quelques soupçons, quelque chose du genre : « Elle veut quoi la p’tite dame ? ». Ça sentait le « level », la haute altitude des sphères ennuagées de quelque Himalaya de la pensée.

La séance commencée il faut la payer, et je me dis qu’il va bien falloir que j’essaye d’en avoir pour mes sous de conseils avisés. Là, sur le coup, j’ai vraiment été blonde !

J’ose donc expliquer que je suis lessivée, achevée, déprimée, « outée » et tout le tintouin, que je n’ai personne à qui parler, étant à l’ouest dans une ville du sud quand ma famille est à l’ouest dans une contrée de l’est et que mon compagnon au lieu de me soutenir et me remonter le moral, se montre tout aussi mou du genou qu’un contorsionniste atteint de prolapsus.

Sur ce cas, tout à fait unique vous en conviendrez, à l’originalité tout à fait nouvelle, au jamais vu de chez jamais vu, je m’attendais à rien de moins qu’une recette éprouvée pour sortir mon apathique de chéri de sa torpeur estivale, matinale, postprandiale, hivernale et, pour tout dire, létale.

Que fit le docte docteur des circuits neuronaux et des drogues subliminales ? Que dit sa science sur les raisons motivationnelles, psychologiques, hormonales d’un homme déjà tout défraîchi à l’aube de sa vie d’homme, la tête à papi Mougeot juchée sur un corps d’ado pré-décati ?

Simple comme bonjour. L’as de la gestion de problèmes humains, dixième dan de karaté analytique, le Freud en blouse blanche de nos jours noirs et petit Einstein de la tête au carré de l’hypoténuse, utilisa le bon vieux truc de bidochon qu’utilise tout représentant de la gent à bistouquette quand il est attaqué : il reporta le problème sur la femelle accusatrice, autrement dit la mal embouchée.

Donc, ça a donné : « Votre mec, quand vous l’avez rencontré, il était pas comme çà ? »

Ben, je réfléchis et admets qu’il était pas super véloce, véloce, mais bon, quand même, il faisait quelque chose quoi ! De temps en temps, de temps à autre même, il sortait sa verge de sa braguette et lui faisait faire une ballade de quelques va-et-vient qui mènent à rien mais qui aèrent les prémisses de sa descendance. Des fois, bon, il pâtissait aussi et s’enfilait des carreaux de chocolat. Ses tablettes ne cassaient pas des briques mais sa descente de Lindt valait le détour ! C’était quand même une performance, non ?

« Mouih, mouih » répondit le spécialiste des mobiles humains, mais… Attention y a un « mais ». Je sens que ça va saigner, que là je vais avoir la solution ! Et il lâche en guise de réponse la question suprême : « Qui qu’c’est t’y qui portait la culotte dans votre couple ? »

Ouah !!! J’étais déjà sèche en rentrant rapport à la teinte à chier du papier peint qui m’avait flanqué l’niveau du moral à moins mille, là, je passe en Sahara, version le mental qui passe en revue les sables du désert pour tenter de savoir qui qu’a un grain, lui ou moi ?

Je me mets au niveau, je synchronise comme on dit depuis qu’on a la P.N.L., et je réponds, bien sagement, comme une femme bien comme il faut : « Ben m’ssieu, j’vais pas dans la rue la touffe au vent frais vent du matin, vent qui souffle au sommet d’mon vagin. J’suis une femme bien élevée, quand j’sors j’mets une culotte. »

Mauvaise réponse ! Le ponte un tantinet courroucé me retoque la toquée que je suis d’un : « Qui était la locomotive de ce couple à ses débuts ? » Ah, çà ! Ben ???… J’suis bélier et lui verseur de flotte, donc forcément, l’bélier ça fonce, le verseau ça s’noie dans un verre d’eau. Puis, pas convaincue de la scientificité de mon explication, d’avouer plus vite que l’éclair au Buzz que c’est moi qui « leadait » bien un peu ! C’était pas bien ?

La réplique fuse, le scud fend l’atmosphère et de derrière le bureau, passe magistral sa trajectoire au-dessus du sous-main en cuir et « bam », sans dégât collatéral me prend la tête : « Alors pourquoi vous voulez le changer ? »

La question de ouf ! Vraie bonne question coco ! Là je réfléchis un peu parce que ça envoyait du lourd quand même. Ouais c’est vrai, tu prends un mec, je veux dire le mec s’accroche à toi comme la moule à son bouchot, te colle et t’englue, te suit à la trace. Tu l’fout dehors et hop il te re-rentre dedans. Tu le jettes comme un kleenex et tu l’retrouves deux plombes plus tard toujours flanqué à tes basques. Tu l’évites, il te noie de fleurs ! Bon, à un moment tu penses qu’il a la dynamique, qu’il en veut quoi, qu’il a le feu, qu’il en pince pour toi, qu’il va assurer grave du dard. Tu devines pas qu’il deviendra gros lard même sans le lard, qu’il fera la lavette et que c’est toi qui la passeras. Alors quand il se révèle dans toute sa splendeur de las, toi, t’es quoi ? Attachée. Et oui, attachée ! Comme t’as l’sentiment, le pot de colle, tu le laisses pas tomber. Tu discutes, tu essayes de le motiver.

Donc, là, à « Pourquoi vous voulez le changer ? », je reste comme une bécane qui rame en attendant l’ADSL ! Puis je finis par dire que voilà, je voudrais, oui je voudrais bien, j’aimerais, enfin si c’était possible, si c’était pas trop demander… Je souhaiterais… Qu’il évolue !

Tonnerre de Brest et d’ailleurs, morbeleu, sacrebleu et chikungunya, quelle faute, mes amies ! Non pas une faute, mais LA faute ! Que n’ai-je dit ? Ire des ires, colère noire et colère rouge, feux d’alarme du Gondor allumés, voilà que je me prends la mandale des mandales : « Vous les femmes, avec votre manie de vouloir changer les hommes ! »

Oh crime contre la virile humanité ! Oh, insanité des insanités, vanité des vanités ! Me voilà fichée illico au DSM catégorie sociale-antipathique, sous-catégorie phobique de l’homme tel qu’en lui-même, le sorti d’hier du crétacé qu’a trop fréquenté la limace et le ver de bancoule sur une branche de l’arbre phylogénétique. Ouh-la-la ! Le psychiatrique faux pas, l’erreur de jugement, la débile attitude. Vouloir changer les hommes, non mais ! Changes-t-on un dieu, quoi ? Et pour qui vous prenez vous les gonzesses ? La perfection au masculin sur le fil du rasoir ? Vous avez vos ragnagnas ou quoi ?

Ben euh… ! Là, moi qui ai d’ordinaire la langue bien pendue, je dois dire que je la tournais mille fois dans ma bouche tandis que mon cerveau en pleine « syntax error » cherchait à décoder le langage binaire du truc en face qui n’avait jamais pu imaginer ne serait-ce qu’un fois dans sa vie, que l’homme était un machin évolutif qui était passé par le stade simien, quelques chaînons manquants puis avait eu une nouvelle version quand Neandertal avait lancé la mode des outils en silex jusqu’à arriver à la merveille moderne qui s’épile le maillot quand ce n’est pas la jungle toute entière pour se pavaner en « stringe » ! Si c’est pas d’l’évolution çà ? Ah ! Alors si le mec a réussi un pareil prodige de se foutre sur ses deux pattes, de sortir tout seul de son berceau africain et de se répandre, de se répandre et de se répandre, pourquoi qu’il pourrait pas évoluer d’un chouia au cours d’une ère glaciaire comme le mariage ?

J’ai pas eu le temps de lui poser cette bête de question, le bac plus douze avait délivré toute la quintessence de son savoir en bipèdes. Son œuvre encyclopédique était achevée : « Allez la p’tite dame, passez à la caisse. Vous êtes coupable, l’affaire est close. Vous me prendrez trois tranxènes et quatre valiums et ça vous fera 100 balles d’euros. »

Là, tout de suite, je me sens allégée. Enfin je veux dire mon chéquier s’est fait weight watcher le kiki et il est hara-kiri… pas. Mais il le valait bien lui ! Mon problème était résolu. C’était moi qui déconnais ! Ça te soulage de savoir ça, tu peux pas savoir !

Me vint à l’esprit alors que je quittais les lieux que ma toute jeune chatte avait appris en une seule explication à miauler pour que j’ouvre la porte du balcon où se trouvait son bac. Mais mon keum, le sommet de l’échelle du vivant, le maître du monde qu’a fait l’Titanic dans mille versions qui coulent pas toutes à pic, le dieu autoproclamé de nous autres, le type qu’a inventé la bombe atomique, la physique quantique et qu’a dégoté le boson de Higgs rien qu’avec sa calculette, celui-là, celui-là était pas foutu de changer ne serait-ce qu’une de ses sales manies à la maison ?

Donc là, quand tu vois l’état d’l’a science, tu files chez le premier Dessange venu et tu te fais les mèches en platine. Si le Zorro du ciboulot a que ça d’arguments, même si tu te décolores les synapses jusqu’à la racine ma copine, t’es encore Marie Curie et lui la « tête à Toto ».

Moralité

Par amour, par idéal et pour le bonheur de tous, l’homme ne peut pas changer. C’est pour ça que l’intelligence universelle lui a fichu une carotte sous l’pif qui l’fait bander, se démener et se dépasser avant de le damner : ce putain d’fric

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