Le flingueur de tonton

Il est le neveu du condamné à mort, du torturé. Après avoir prôné son élimination pendant des années, milité pour le voir crever par « amour pour lui », voilà qu’il s’inquiète de la torture qu’on lui inflige, à Vincent Lambert, son tonton, parce qu’au bout de huit jours d’interruption de son alimentation et de son hydratation il n’a toujours pas trépassé. Pour un qui est annoncé en fin de vie depuis dix ans, on pourrait dire, si ce n’était déplacé, que tonton fait de la résistance !

Quel sentimental ce François Lambert, quelle grande âme, quel faux-naïf aussi. Oui, il veut nous faire croire qu’il découvre aujourd’hui le procédé légal (on croit cauchemarder) utilisé pour tuer son parent que les médias se sont pourtant plut à annoncer pendant des mois sans ciller. Donc, là, sans trémolos dans la voix, la face bien calme devant la caméra, il trouve qu’il aurait été plus charitable de le tuer rapido, genre injection à l’américaine avec comité de suivi étatique qui regarde le condamné s’éteindre en live pour voir si leurs ordres ont été bien exécutés ?

Du coup, il n’est pas trop serein qu’il dit, le charitable, parce qu’il craint encore que les parents arrivent à renverser l’exécution en cours avant qu’il décède vraiment, ce qui devrait prendre encore deux semaines. Le journaliste le regarde horrifié faire part de sa souffrance, à lui. Car comprenez-le bien, celui qui souffre le plus dans toute cette affaire, c’est lui, le neveu. 

Putain, les tontons, vous en avez combien vous de neveux qui souffrent comme cela que vous ne soyez pas encore occis ? Moi aussi j’ai un neveu, s’il devait un jour décider de mon sort, je ne suis pas bien sûr qu’il me garde en vie, car voyez-vous, je lui ai promis une magistrale raclée (un claque sur le fesses, le truc interdit aujourd’hui parce qu’on ne corrige plus les malotrus, faut pas les stigmatiser a dit un jour la prof d’un ado violeur !) s’il recommençait à se moquer bruyamment des gens, qui pour un ventre proéminent, qui pour une taille trop courte, qui pour n’importe quoi qui suscitait son hilarité et flattait le sens de sa supériorité auto-affirmée.

Dans le cas de François L., ce n’est pas par grief personnel qu’il a voué son oncle au trépas, non, c’est pour lui éviter de souffrir de la vie ! Le pousse-au-crime, le chantre du bourreau, est un être si tant compatissant qu’il voue sa vie à courir les plateaux de télé pour être sûr que cette fois-ci, le tonton chéri, il n’échappera pas à son aller-simple pour le néant.

Notez qu’il n’est pas encore allé le voir sur son lit de mort programmée. Il n’aime plus les adieux soudain ou il a les pétoches de voir en vrai ce qu’il a recommandé, son corps exsangue, décharné par les sévices et un être dedans qui souffre qu’on l’aime tant pour le voir supprimé ?

C’était le matin, l’après-midi les parents ont annoncé qu’ils avaient épuisé tous les recours et se résignaient à voir mourir leur fils.

Ouf, il peut être serein maintenant le neuneu neveu, il a gagné le combat de sa vie, tonton est flingué.

J’avais écrit ce billet il y a quelques jours mais ne l’avais pas encore publié. Ce matin, un titre dans un journal du net :

Son neveu François a annoncé la nouvelle : «Vincent est décédé à 8H24 ce matin» et d’exprimer son «soulagement après des années de souffrance pour tout le monde», avant d’ajouter : «Nous étions préparés à le laisser partir.»

 

Ça François, on avait bien compris que t’étais préparé, mais Vincent lui, n’a pu que gémir et mourir et ceux qui l’aimaient pleurer et souffrir. Quant à dire que vous l’avez « laissé partir », honte à vous vraiment, c’est juste une foutaise, un mensonge éhonté, une vilénie : quand on tue cela n’a rien de passif, on pose un acte et cet acte s’appelle et s’est toujours appelé :  un crime !

Sur le même thème

Vincent mort, l’indignation survit !

Vincent, les corbeaux veulent qu’on se taise, qu’on cesse de faire du bruit et qu’on « respecte » ta mort en passant sous silence ce qu’ils t’ont fait…

Logo billet version 2

Le lendemain de la victoire, la défaite des héros

Ils ont gagné, ils l’ont tué. Ils ont battu l’autre camp, ils ramènent la coupe, ils se tressent des lauriers. Ainsi recommence toujours la même histoire.

Newsletter

Pour ne pas rater les prochaines nouveautés et les obtenir en avant première, inscrivez-vous à notre newsletter.

Partager

Pour en faire profiter vos amis.

0 Partages
Partagez
Tweetez
Enregistrer