La frisée pas chou

Nous avons affaire en ce jour à un troupeau de poètes qui bêle en bande, la peau lainée de boucles frisettes qui font risette quand les autres font disette.

Dans cette charmante compagnie l’on caquette grand train, on lèche sans frein pour se faire bien voir d’un big caïd de mouton noir, Dark Gland’Or qu’il se nomme. Au quotidien l’animal théâtralise sa morgue qu’il veut majesté sur les écrans d’enfumage domestiqués tentant se refaire en vain à grand abus d’alexandrins, une virginité barrée en couille sur blacks gonflés à bloc.

Dans cette moumout-band nous allons nous attacher à conter l’histoire des milles et unes combines d’une personnalité pas piqué des vers chargée par le précité mouton noir d’asticoter le menu fretin pour lui sucer le dollar. Vous la reconnaitrez à sa tête de vielle bique qui tient plus du bélier transgenre que de la brebis bien gaulée, une mine rieuse qui jouit sans se cacher de ses astuces de grande malade qui s’ignore parce que sa consœur, docteur biquette qui fouette et piquette, lui a caché le terrible diagnostic d’une raison qui défaille à trop verser dans la tuerie des coûts.

Au jour où son cerveau fit cette terrible sortie de route que je vais vous narrer, la Paschou frisée se sentait d’humeur badine et léchait le micro de quelque metteur en scène de faribole sur BèèètéméchanteTV. C’est qu’elle s‘apprêtait à pondre sa dernière facétie tondeuse. D’abord elle fit docte, genre pas sotte, l’état des lieux tout miteux de son trou à rat de contrée qu’est tout troué de la dette qu’il peut plus les faire manger tous. Un vent mauvais, en guise de boute-en-train se met à siffler à fond les ballons quand elle entonne le refrain bien connu des causes biscornues. C’est la faute à qui donc ? Hein ? La faute à qui qui le trou d’la caisse à patate ? A toujours la même clique d’ovins pas très fins qui se fait du poil dans les onglons à se la couler douce en douce aux frais du troupeau.

C’est que voyez-vous, dans cette verte contrée, il y a affrontement séculaire entre deux bandes rivales. A gauche les moutons loups, hybrides féroces croisés aux GM – Gènes Meurtriers – féroces et audacieux qui flairent le gibier à mille mètres et décatissent leurs pairs à la chaîne, à la taxe, à l’impôt, à l’amende, à la TVA, à la CSG, à la pénalité… Ce sont des inventifs, vous pouvez le constater, pour couper les tifs laineux bien ras sur les gigots. De l’autre, le gros du troupeau, les besogneux qui triment et qui trament. Quand ils triment, ils trament de plus trimer. Quand ils ont trop trimé, ils rament et peuvent plus trimer. Leur kiff à eux se s’rait de rien glander ou de se refaire, de traîner de la paillasse au râtelier et du râtelier à la paillasse, comme çà, sans s’remuer les quartiers avant, sans se faire les trois huit du cerveau à s’demander comment boucler ses fins de ration. Quand les affreux canidés sauvages de Whole-Strip, le quartier des affaires où l’avenir se joue au poker, sortent les as qui piquent, les bestiaux qu’ont la louze se retrouvent sans trèfle. Et les voilà t’y pas qu’ils ourdissent pour sortir du turbin lobotomisé, de vivre avec de menues peanuts pour se taper le trip de leur life : mater leurs sabots en éventail qui s’taillent dans des tongs à deux balles mais qui leur causent si bellement de cocotiers et de vahinés, de paradis enchantés où ils ne mettront jamais les pieds. Et ça, la frisée du chou c’est bien simple, ça la met folle de rage.

la paschou finale

Elle éructe, elle hausse le ton, elle s’empourpre sous sa toison. Si Pasteur était encore en life elle s’prendrait une giclette d’antirabique dans le plat de côtes tellement la bave lui rouille le logiciel. Oui, ces tondeurs de chiendent qui font veau gras sans payer leur cotise au prétexte d’un dentier édenté, ça lui hérisse tellement le poil qu’on la croirait passée au fer à défriser, lisse qui pique comme un tif de porc-épic. Il faut, elle doit, il lui incombe de tordre le coup au concept de solidarité issu d’en deal lointain qui voulait que le gras mouton se sépare de quelques grains de blé surnuméraires pour aider le pauvre carré d’agneaux voué depuis longtemps au foin sec et à l’eau. Elle, elle se propose tout de go d’inverser le cours de la charité en considérant que çui qu’a les côtelettes dorées sur tranche est celui qui souffre le plus et que çui qu’a la souris démunie se doit de se montrer chic en offrant son der des ders de labeur à l’œil pour l’avoir un peu plus dans l’os.

C’est que notre amie tête de chou a trop lu les évangiles, ce truc où on lui a causé d’un bon berger qui veille sur ses brebis qu’il ramène au père brebis et qui rend à César le sesterce qui est à Jules. Elle veut refaire la cène en partageant le pain, le pain des brebis mal loties elle l’enlèvera à ses petits pour multiplier celui des béliers nantis qui s’contentent pas d’un simple casse-dalle parce qu’ils valent maille qui fait beaux chandails.

Pour tenter le remake du fils de l’homme à la mode fille du bêlant, elle applique une méthode de management sans ménagements. «Que les lourdés, les baisés, les enculés, les déglingués, les azimutés, les salopés acceptent, elle a bien dit acceptent, de se soigner ! » Tin, vin diou la dérouillée qu’elle leur a mis. Les presque morts va falloir qu’ils se sortent les tripes qu’ils ont plus pour turbiner quelques mois de plus en bénévolat pour les gros béliers de la toison d’or qui exitent charitablement leurs émoluments pour se la jouer « Carlos go to hell » avant que les nippons les mettent ippon.

C’est une révolutionnaire en fait, la frisée. Elle va en guerre toutes cornes dehors pour que le passage sur la case infortune qui pend au museau de toutes bébêtes, passe d’un trait, de vie à trépas, sans pouvoir dire ouf, en bossant comme des oufs.

Comme les moutons sont des veaux, ils ont accepté sans broncher le gentlecattle-agreement plein de désagréments et la solidarité s’est effondrée. Les années se sont enchainées pour la faire oublier, elle a fini par trépasser.

Sa réforme marcha cahin-caha, Caïn pour les abattus, cash triple A pour les abattoirs, jusqu’à ce qu’un jour, l’arcane majeure, la dixième lame, se mette à tourner pour la frisée pas chou. Son big dark boss avait tant perdu la cote que les minus du vulgum pecus oviné s’étaient rués en masse sur ses rouflaquettes blanchies par des poudres opiacées. Leur nature d’ordinaire placide et moutonnante s’était tourné les sangs à l’ouïe de quelques sobriquets irrespectueux que l’affreux jojo à l’ego barjot avait improvisés pour eux. Il les avait traité de cheap sheep (moutons bon marché en nous autres langage) ou quelques chose comme ça, et ça les avait piqué à l’amour propre. Alors, faisant corps et troupeau dans une poussée épique, ils avaient défoncé leur grand cornu et tricoté un coup d’état qui le mettait dans de sales draps. Du coup Paschou perdit « en même temps » son gagne-foin et son protecteur. Elle s’est mise à filer un mauvais coton ce qui, pour une lainière grand teint, est du dernier pas bien. Voyant son désarroi, des brebis haineuses, revanchardes on se sait pourquoi, l’ont tondue, elle comme toutes les collabos traitresses à la nation, ont gelé ses réserves d’avoine en Suisse la laissant sur la paille et comme elle n’avait jamais su brouter par elle-même elle s’est retrouvée Gros-Jean comme devant matant ce maudit gazon qu’elle ne savait ratisser. Elle perdit du poids, son mauvais gras.

Comme elle avait la morgue encore elle ne voulut pas s’abaisser à demander. Mais quand la Faucheuse fit son apparition au coin du pré elle sut vraiment qu’elle allait y passer. Alors, renâclant devant la mort à venir, elle se résolut à demander la charité, à quêter une aumône, se prit à espérer de l’aide. Elle se fit pitoyable, elle l’était depuis toujours. Quand on couche avec les riches béliers on appelle ça « promotion cals aux pieds » à force de s’user la botte à marcher, marcher et on oublie ce que l’on fait en vérité, le tapin et le larbin. Donc la voilà à courber l’échine pour trois fois rien, un petit bol de grains. Elle supplia tel agneau de partager sa bouchée herbacée. Il lui répondit : « Oh l’autre ! Tu t’crois quoi ? » Elle implora une consœur brebis qui lui sortit : « Que faisiez-vous aux temps chauds, vous bouffiez sur notre dos, et bien clamsez maintenant. » C’était la barde à barbe de la bande, elle ne pouvait pas plus mal tomber. Une leçon quand on a trop envie de bouffer ça vous fout la gerbe même quand on a rien à gerber. Alors elle alla voir le nouveau big boss du troupeau, le grand Tapisvert, çui qu’avait gagné au loto de la révolte des tondus. Elle lui expliqua qu’on était en 2019, qu’il fallait sortir de l’âge de la fibre coupée pour entrer dans la modernité de la fibre synthétisée. Lui parla d’un truc futuriste qu’il y comprit que dalle, un RSA ou quelque chose comme ça, Revenu de Solidarité Animal, qui devrait permettre à chaque mouton en difficulté de passer l’hiver au chaud en attendant le retour du printemps. Puis elle se mit à délirer carrément. Elle frisait le tragique. Elle échafauda sous les yeux éberlués d’une assemblée venue l’écouter dérailler un projet n’importe nawak, une vision d’hallucinée, une sorte de revenu herbeux universel où chaque quadrupède pourrait puiser son comptant de calories sans suer le suint et sans se faire traire. Elle suscita l’hilarité.

Les plus petits accoururent devançant leurs mères pour rire de mauvais cœur : assurer la vie de chacun, sans mourir de travailler ? Les bêêê fusèrent ! Les gros touffus se poilèrent. Les femelles se tordaient les côtelettes. Puis elle rentra dans un état critique. Le délire grilla ses dernières connections. C’était une sorte de délirium en continu, la description d’un monde imparfait, chaotique, irresponsable, improductif, où les vieux bestiaux voués à l’équarrissage se verraient offrir une seconde vie à se dorer la pilule velue en se faisant nourrir de smoothie d’orge germée par des sœurs brebis dévouées. Là plus personne ne rit. On avait atteint le gouffre, l’insanité à l’état pur. Un gros jarret de Tapisvert dégaina son phone et fit le 15. Il rassura tout le monde, le Grand Samu était en route.

En effet, dans les fourrés, là-haut sur la colline, les oiseaux cessèrent leurs mélopées. Le silence comme une trainée de poudre se répandit. Puis se fit entendre le bruit d’une course rapide, d’un souffle qui effeuillait les branches, d’une terreur instantanée. On s’écarta, personne n’aimait le Samu pour lui-même. Pour les autres c’était entendu, il était bienvenu, d’utilité publique même. Il sortit du bois, comme il était parti, en trombes. S’arrêta face à sa proie. En fit deux bouchées, peut être trois. Le nouveau visage de la solidarité c’était lui, la modernité incarnée : un poil gris, quatre canines qui broient du sang, deux yeux jaunes incandescents.

Moralité

Quand le jeu tourne à son avantage, le loup change les règles pour avoir encore davantage. Quand la roue de la fortune se détourne, le loup voudrait revenir au temps d’avant, se prévaloir de la prévoyance.

Alors il découvre mais bien trop tard, la valeur de ce qu’il a tué. C’est ainsi que devient bien chagrin celui qui ne voit pas loin.

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