James Fobond à Arnac-sur-Foualier

Nous étions parties à trois, trois drôles de dames, à la chasse aux papillons blancs, à la chasse aux éoliennes. Ça ressemble à une chanson de Brassens mais de très loin. C’est pas une histoire d’amour, c’est une histoire d’argent, et l’argent, ça rime pas avec sentiment !

Nous voulions voir les mâts de mesure du vent, préfiguration des grands échalas, appréhender leur impact, se les figurer. Alors nous sommes parties le Nikon au poing prendre la mesure des dégâts projetés. Là-haut sur la colline, une pique nous faisait la nique, nous suivions son cap malgré les détours de la route quand nous rencontrâmes, embusqués sous les frondaisons bordant l’asphalte, deux voitures à faible intervalle.

Nous n’y prîmes garde, la focale sur le champ tragique des pointes en métal qui préfiguraient le mal. Nous en attendions une, elles étaient déjà trois en stand bye à crever les nuages. Nous fîmes un stop pour une photo, et puis une autre du tout petit panneau indicateur de la grande enquête publique d’Arnac-sur-Foualier qui doit décider de leur faisabilité. C’était juste histoire de prouver que lorsqu’on ne veut pas que les gens donnent leur avis, on fait juste un simulacre de publicité pour respecter les arrêtés sans risquer d’être embêtés.

Ceci fait, nous reprîmes notre route direction le prochain tournant ; une nouvelle tour argentée. Et là, l’œil tout affairé à la mise au point, nous n’avons pas vu surgir de sa familiale argentée, l’agent de sa « gracieuse » majesté, Macron 1er. En un bond il fut sur nous, le James, lunettes noires et plaque tricolore tendue à bout de bras, comme dans un film, les champs en contre-plongée. Le costard net, classe, bon chic, belles coutures piquées, un tantinet trop soigné pour notre coin à vaches, mais bon, on aime bien, nous les péquenots, quand le zoo parisien se déplace dans nos contrées pour nous faire admirer son pelage griffé. 

Mais nous n’eûmes pas le temps de l’ovationner, le félin grisé, qu’il aboyait déjà ses remontrances à nous autres dames bien intentionnées au motif qu’il était interdit de photographier les panneaux d’information au public. Devant nos yeux écarquillés par le scandaleux d’une infraction qui ne nous sautait pas aux yeux, il en rajouta sur l’air de l’intimidation que nous allions droit devant une enquête de gendarmerie.

Ah ?

 Ah !

Que faisions-nous là à photographier ces préfigurations d’éoliennes ?

C’te question ? Big délit, maousse scandale ! Nous lui expliquâmes gentiment que nous cherchions à évaluer l’emplacement des engins avant de savoir si j’achetais ou pas la maison que je convoitais (voir les épisodes précédents qui vous seront indiqués en fin de page) et il embraya sur notre dangerosité présumée par lui affirmée.

Comme nous étions de plus en plus dubitatives quant à notre grande propension à la criminalité, il en remit une louche en m’accusant d’avoir tagué un des légaux panneaux. C’est vrai qu’on l’avait pris en flag, le tag. Dessus la mélasse officielle, des irréductibles du patelin avaient tout bonnement dit qu’ils en voulaient pas des pâles à tuer les corbeaux. Ils avaient juste écrit : « On en veut pas ». C’était gentil, même pas de mots d’oiseaux, même pas un « tête de con », même pas un « poil au fion ».

Je dît, prise à partie : « C’est pas mon genre ce genre d’action ». Oui, vous qui me lisez savez bien que je n’écrirais pas une chose aussi gentille quand je suis over vénère. De toute manière il nous suivait, il le savait bien que c’était pas moi, mais il continuait l’intox pour nous faire craquer et chialer comme au cinoche où les gonzesses s’hystérisent au moindre pet d’épinoche. Eh oui les épinoches ça pète, ça pète en rime surtout !

Bon James, on t’a dit qu’en fait de minettes on n’était pas si freluquettes ? Il avance, on le devance. Ça se corse pour 00 pas net. Alors il nous balance une diatribe sur les dangereux terroristes qui hantent le coin, la chignole au poing, pour dévisser les engins, démâter les installations qui nous feront de l’énergie propre en salopant nos lopins. 

Dans son ton imitant le bouledogue qui lorgne tes côtelettes, on voit bien qu’il nous soupçonne d’en être, de cette bande de tarés tels qu’il les comprend, ces Don Quichottes de l’Aquitania qui se battent contre des moulins à vent tout juste de taille à ébouriffer les enfants. Oui, faut être bête pour démonter des trucs de juste 60 mètres !

A ces mots, drôle de dame en noir, se met intérieurement à fulminer. C’est l’experte de la bande. 60 mètres ? C’est n’importe quoi. Elles feront 182 mètres, voilà. L’autre n’en démord pas, il n’est pas molosse beau gosse pour rien. C’est 60 mètres qu’on lui a dit et pis c’est tout ! Ça chauffe de la moutarde sous le nez de Pamela qui prend le Fobond sous le bras et l’entraîne jusqu’au panneau du délit. Et là, sous l’expression graffitée de la saine colère des locaux, on peut lire les données nettes du problème : éolienne à venir, hauteur 182 mètres.

Moi Samantha, je les dévisage de trois quart ; ma consœur, le doigt pointé sur le 182 et lui les yeux ébahis, scotché sur le chiffre déraisonnable. Puis une onde de consternation gire dans ses pupilles suivie d’un feu froid de colère qui le vrille hors de ses gonds. Il ne nous attaque plus, il file un mauvais coton, il nous fait faux bond, file droit à son bolide bridé garé à deux pas, nous saluant sans même se retourner.

La misère dans ses yeux, je ne peux l’oublier. La misère de l’homme floué. On lui avait dit que ces engins, c’étaient trois fois rien, que les nigauds, ils se battaient pour rien, juste pour faire du foin, se passer leurs ardeurs, casser du matos pour jouer les cacos, et que lui il serait le gardien de la loi, du progrès qui va bien.

D’un coup, il  avait compris. La grosse arnaque. On lui avait monté le bourrichon pour qu’il aboie bien fort contre des gens qui avaient raison, qui défendaient juste leurs arbres et leurs maisons, leurs paix et leur pays. Il avait cru ses chefs. Ils lui avaient menti.

Avaient menti comme ils nous mentirent aussi, le jour, la nuit, du lundi au samedi.  Menti comme ils font à Rouen, menti pour gagner l’élection, menti pour faire taire les petits, menti pour calmer les esprits, menti pour faire les jolis quand ils sont malpolis, menti pour qu’on adhère quand c’est mal parti, menti pour qu’on soient tous ennemis, menti parce que du mensonge ils en sont farcis.

Alors là, nous, la Samantha, la Pamela et la Ivana, on est devenues des vraies terroristes, des vraies dangereuses. Dans un monde de mensonge on a posé une bombe, on a dit : la vérité. Et la vérité, dans sa tête, ça a fait comme pour nous, ça l’a retourné !

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