Ils ont condamné le soldat Lambert.

France, 2 Juillet 2019 : début du premier Reich des Pas-Francs.

Après les samedis des longs flashballs, voici que l’euthanasie a été décrétée sur le territoire national. Notre bien haï führer, Jupiter le Fallacieux, nous avait joué l’air de Ponce Pilate d’une main, se déclarant initialement pas compétent pour sauver Vincent, tout en pourvoyant l’état en cassation de l’autre pour que les vivres lui soient coupés sans temps lent.

Vincent, si vous ne le savez pas, vit encore à cette heure, une vie qu’on espère pas pour soi, mais une vie quand même. Cette vie limitée, réduite à un corps privé de mobilité, nous avons du mal à l’appréhender, nous qui ne connaissons pour ainsi dire rien aux états inhabituels de la conscience et sommes bien à mal de juger de la qualité de vie d’un autre puisque nous ne la vivons pas.

Cet homme donc, vient d’être condamné à mort par plusieurs tribunaux pour un délit gravissime en cette nation, l’inutilité, et un crime intolérable, le coûteux. Oui, le soldat Lambert, éclopé de la route après avoir bien servi en tant qu’infirmier, a commis les lourdes fautes de ne pas succomber à ses blessures et à ne pas retrouver son état de productivité. Ainsi, largué par une bonne partie de sa famille qui se trouve très embêtée de sa vie, poussé au tombeau par une bonne partie de la population qui souhaite sa mort pour son bien en jacassant à la télé pour se faire mousser sur son dos, enfermé dans sa chambre carcérale par un bon docteur qui attend son heure du crime depuis des années et délégitimé de son droit universel d’être humain par une loi qui le pousse à la fin de vie anticipée, Monsieur Vincent Lambert a été endormi artificiellement, drogué à mort, pour ne pas souffrir de l’affamement et de l’assèchement qu’on va lui « prodiguer ». Notez que ce sont les mêmes experts qui disent qu’il n’a pas de conscience et qu’en l’absence de conscience, comment pourrait-il souffrir ? Logique, ils ont la science thanatologique !

A ce stade d’ignominie que dire ? On n’interrompt pas sa vie, on interrompt son traitement, nuance !

Dans cette ère glorieuse qui s’inaugure sous les auspices de la Faucheuse et du fâcheux, la nourriture et l’eau ne sont pas des besoins élémentaires, ce sont des traitements. Ainsi fait-on entrer Vincent dans le cadre d’une loi scélérate pour maquiller par des jeux sémantiques ce qui est hors-la-loi : tuer un homme, de sang-froid en prime et avec préméditation de surcroît !

Bon, cela dit, je m’égare, laisser mourir de faim n’est qu’une technique qui tue tout en ne faisant pas meurtre, c’est bien connu. Avis donc à ceux qui seraient tentés de laisser leurs proches crever, comme çà pour débarrasser le plancher, les petits, les malades, les inutiles, les casse-pieds, les ceux dont on veut hériter, c’est autorisé, Léonetti l’a dit et depuis aujourd’hui il y a jurisprudence.

Jupiter c’est 007, il a obtenu de nous tous, la licence to kill  et Vincent c’est son premier de cordée. Oui, le premier de la série, du sérial  killing, autorisé, légalisé. Les prochains ? Les malades de longue durée, les accidentés très handicapés, ses cohortes d’électeurs, les vieux fourneaux, et pourquoi pas après-demain les enfants autistes qui naissent par paquet ces temps-ci, improductifs pour longtemps, emmurés dans leur bulle. On vous aura dit qu’il fallait se méfier, non ? Mais comme on est soit-disant que des gauchos réfractaires au dés-ordre capitaliste ou des cathos intégristes contestataires de l’idéologie nazie, vous avez cru qu’on était vos ennemis. Vous verrez, quand vous serez grabataires ou dans n’importe quel état qu’on jugera « fin de vie » ou impropre à la vie, on fera ce qu’on adore faire, des économies, et ça tombe bien, bousiller des vies, c’est le top du cost-killing.

Quant à vous Vincent, permettez-moi de vous appeler simplement Vincent, j’ai bien peur que cette fois ce soit fini. Vos parents ont tout essayé, des amis aussi, mais le nombre est contre vous, les esprits sont à la folie. Alors quand vous serez-là bas, du côté de la vie qu’on ne voit pas d’ici, décidez de revenir pour leur apprendre à aimer la vie, même dans ce qu’elle a apparemment de plus petit : les relations d’humain à humain, d’âme à âme, au-delà des mots, sans les gestes mêmes, mais biens comprises de ceux qui respirent encore l’air de l’essentiel.

J’aurais aimé faire plus, je vous le dis, mais c’est tout ce que je peux à cette heure et c’est un vrai malheur.

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