Hommage au Gnocchi et à ses copains d’Amazonie

Chaton, chat, félin dans une mangeoire

Gnocchi, c’était lui, une bonne petite bouille de chaton qui ravit le cœur. Il était né quelque part dans les maisons en débris, avait survécu à ses co-équipiers de portée et s’était aventuré poussé par la faim à ma porte pour quémander. Il n’a pas eu à déployer ses charmes craquants mignons, la gamelle était déjà servie aux SDFcats du quartier. Ça a été une pause dorée dans sa dure vie, au Gno-gno. Déjà une bestiole teigneuse, un rat, un renard ou un chien lui avait fait la peau du cou en y laissant les crocs. Mais c’était pas çà qu’allait le décourager de la vie. Il s’est fait une belle croute, une nouvelle peau, puis comme par magie, la magie de la vie, ça avait repoussé, des poils biens fins, mi-zébrés, mi-immaculés.

Le Gnocchi, même tout petit, il était dur à poêler et dur à apprivoiser. Jamais loin le matin à l’ouverture des portes, toujours prêt à se chauffer les moustaches allongé sur ma tire quand l’astre des astres avait l’humeur câline, toujours miaulant aux heures de ventre creux pour qu’la cantinière lui file ses croquettes, mais jamais dedans. C’est pas qu’il avait pas envie de se sociabiliser, de se faire caresser, de discutailler sur le coin de jardin, c’est qu’il était avare de sa liberté. Chat errant il était, aventurier des champs comme il lui plaisait, maître des sept lieux séants comme il se croyait. Une vie de découverte l’attendait.

Ça c’était avant, avant qu’une grosse crétine, abrutie de crétine pas maline lui vole sa vie dans sa prime jeunesse, comme çà, pour lui faire passer l’envie d’être libre, de jouir du soleil et du vent, du lait frais, de l’herbe tendre, des sourires et des grimpettes. Il en était encore à tester ses gambettes, à leur apprendre l’équilibre, les jeux de balle et les ptits bonds, quand cette bougre d’abrutie l’a passé au poison, lui et sa bonne tête de bon chaton, sa mère aussi, la gentille Gnoc-Mam et Milky, les longs poils en black and white, un peu tête vide mais si jolie. En dix jours ils y sont tous passés les orphelins félins sauf Caïd, le plus chanceux, qu’a eu ce jour-là la baraka. Ils sont venus mourir sur le pas de ma porte, pas abimés, juste supprimés.

Y a des connards, ils savent pas quoi faire de la vie. Celle des autres les démange, les dérange. Ce qu’ils aiment c’est faire place nette, faut que ça soit propre, tout bien rangé, aseptisé. Les mûriers doivent décamper, les coquelicots finir round-upés, les herbes sauvages éradiquées et les arbres ratiboisés. Quant aux chats, aux hiboux, aux chauves-souris et aux hirondelles, il faut tout bonnement les trucider. Après enfin ils peuvent savourer la nature comme ils l’aiment : taillée au cordeau, du gazon desséché à perte de vue, des champs qu’ont perdu les arbres de vue et pas une âme en vue !

En Amazonie aussi ils ne peuvent pas les supporter, les sauvages, ceux qui hantent les bois, qui gazouillent dans les cimes, qui nident dans les feuillages, qui feulent dans les parages et qui chassent à tout va. C’est pas qu’ils ne les aiment pas, non, c’est qu’ils ne veulent rien leur laisser.

En concurrence qu’ils sont pour la terre à mettre en bière sous les feux, les épandages, les macadams et les barrages. Il faut « exploiter » la terre, lui faire cracher des rendements, lui extraire du soja transgénique par paquets pour nourrir les bestiaux de poisons qui nourriront les hommes qui les mangeront de cancers aux petits oignons. 

Mais ils ont l’opinion pour eux, normal, ils sont du même tonneau. Ils veulent être riches, riches, riches, riches, et comme pour eux être riche, c’est être plus riche demain qu’aujourd’hui, toujours plus riche, plus riche que le voisin, plus riche que les copains, plus riche que Bill et Bezos, ils ont toujours faim. Alors ils défrichent, ils déboisent, ils créent du vide dans de grands incendies qui bossent pour eux. Les autres meurent. Les enfants de la terre qui ont écailles, plumes et poils s’effacent de l’inventaire du vivant pour qu’un jour l’homme meure comme il a voulu vivre : obèse !

Mais tu sais connasse, les amateurs de Gnocchi et de ses copains d’Amazonie, y en a encore sur cette terre. Et ils sont forts d’un truc que t’as pas, toi et tes potes déglingueurs, ils aiment la vie, ils aident la vie. Ils sauvent des graines, ils sauvent des arpents, ils plantent, ils ressèment, ils échangent des astuces contre vos maléfices, ils nourrissent les hérissons, ils militent, ils vous emmerdent, ils font face aux CRS pour sauver des zads. Ils ne font pas leurs coups mesquins en douce, ils vont au combat à visage découvert. Car c’est ça qu’ils ont et que t’as pas : le courage et le soutien du destin. C’est pourquoi ils vaincront et même si c’est pas pour tout de suite, c’est pour après-demain, quand  l’heure inscrite au calendrier du divin arrivera. Et toi, tu ne seras pas là pour le voir, toute riche que tu sois, tu seras en EPHAD, à mourir sans soins. 

 

Alors Gnocchi et ses amis d’Amazonie reviendront dans d’autres habits et se sera enfin « Plus belle la vie ! »

Chaton, chat, félin dans une mangeoire

Sur le thème des militants et des résistants

Lou p’tit payo

Lou p’tit payo a un trésor, on lui dit qu’il ne vaut plus rien. Un héros simple et de bonne souche, les pieds dans l’histoire, pour faire rentrer le patrimoine dans notre bien futur…

Logo billet version 2

Grand guerrier

Un enfant voit son destin s’ouvrir à la vision d’une vie passée. Un conte pour retrouver les traces de sa trajectoire personnelle et remplir de forces ceux qui repartent au combat pour un juste dessein…

Newsletter

Pour ne pas rater les prochaines nouveautés et les obtenir en avant première, inscrivez-vous à notre newsletter.

Partager

Pour en faire profiter vos amis.

0 Partages
Partagez
Tweetez
Enregistrer