En l’état, les Gilets Jaunes peuvent-ils gagner ?

Les gilets jaunes n’ont pas d’objectif, c’est grave docteur coach ?

Cette semaine je fais le tour des rétrospectives sur le mouvement des gilets jaunes et il y a un argument de leurs détracteurs qui me saute aux oreilles ; les gilets jaunes ne savent pas ce qu’ils veulent, ils ne veulent pas négocier, ils n’ont pas de représentants, le Mac qui tourne pas rond leur a débloqué plus d’un milliard et ils n’en sont toujours pas contents, car ce ne sont pas les sous qui les intéressent. Là je ne pige pas, voilà !

Sur ce, lady la fouine enchaîne les documentaires et voilà quelques-uns des objectifs entendus dans la bouche de gilets jaunes avec mon commentaire explosif mais qui s’avérera constructif pour tous, si vous allez jusqu’au bout du texte, promis :

                          Discuter avec le gouvernement

« S’agissant du dialogue avec le gouvernement : on ne se mettra pas d’accord mais au moins on aura discuté. C’est le plus important. »

Donc le fait que vous creviez de faim, les factures exorbitantes en souffrance et les salaires de misère c’est pas un problème en fait ? C’est plein de bons sentiments « discuter », mais cet objectif voué à l’échec, admettez que ça relève quand même de l’art de se balancer une peau de banane sous les revendications.

                          Aller au bout de ce combat.

C’est quoi le bout d’un combat à part un carnage ? Un vainqueur qui a perdu beaucoup et un perdant qui cherchera revanche ?

                         Nous avons diverses réclamations.

Comment voulez-vous satisfaire une réclamation si vous ne dites pas ce que vous demandez précisément ? Et puis, en quoi une revendication satisfaite vous octroiera ce que vous désirez au final et qui n’est pas énoncé ? On peut vous octroyer une augmentation du SMIC par exemple et laisser s’envoler le coût des loyers, de l’électricité, de l’essence, des péages, des prélèvements sociaux. Où est le gain au final si en fait c’est plus de pouvoir d’achat que vous vouliez ?     

                         Se faire entendre.

Objectif atteint ! Ça Macron il vous a entendu, il vous a même envoyé un accusé réception musclé avec tout le gratin des pitbulls assermentés.

                         Etre contre l’injustice fiscale et sociale.

Ça c’est l’objectif qui fait la part belle au problème parce qu’il n’évoque pas la solution, pas ce que l’on veut, juste ce que l’on ne veut pas.

                         Obtenir la démission de Macron.

Comme si Macron était réellement le boss et que lui tombant, la politique changera. Ceux qui font cette politique, la diligentent, en ont plein des marionnettes comme lui en stock. Même profil à inspirer ceux qui croient encore au pouvoir du vote : belles gueules, jeunes, bonnes études, propres sur eux, gendres idéaux pour draguer large et paraître rassurants. Vous ne voyez pas de qui je parle ? Cherchez dans les partis, des jeunes loups qui sortent de nulle part et qui sans se fatiguer sont immédiatement têtes de liste… 

                         Changer les institutions

Yo mec, mais pour les remplacer par quoi et pour quoi ? Et si les institutions donnent demain une plus large voix directe aux gens et qu’on s’aperçoit alors qu’ils font comme d’hab, s’occuper juste de leurs affaires et confort perso ? 

                         Être riches comme vous

Donc vous combattez votre idéal en fait ?

                         Contester

Là c’est vrai, on sent l’aspiration à un monde meilleur, déjà on voit poindre un nouvel horizon pour l’humanité.

                         Casser

Celui-là, c’est déjà plus concret et bien plus facile à réaliser. C’est pas ça qui va nourrir vos enfants, c’est moralement douteux, mais sur le moment ça peut soulager. Bon, y a qu’un « léger » inconvénient à cet objectif c’est qu’il satisfait les vœux du président qui attend juste ça pour vous décrédibiliser aux yeux de l’opinion et avoir une bonne raison de vous envoyer des bataillons de poulets OGM, gardiens de l’ordre avec gène de la baston sans gêne. 

                         Mieux-vivre

Dac ! Et il faut quoi pour vivre mieux ? Les gens ont la réponse, elle s’appelle « toujours plus ! » Autant dire que même en étant pétés de tunes, farcis de gadgets, des collections de Ferrari plein les garages, décorés de diams comme des arbres de Noël et proutant dans des slips siglés des meilleures marques, ils ne sont jamais contents. Parce qu’on peut toujours avoir plus, on a jamais assez, c’est mathématique et psychologique !

                         Rien lâcher

Ils ne lâcheront rien, ça c’est « The » slogan ! Sauf qu’on ne sait pas ce qu’est ce « rien » qu’ils ne lâcheront pas et pourquoi ils ne le lâcheront pas. Donc ça veut dire aussi que même si on leur donne ce qu’ils veulent mais qu’ils ne savaient pas vouloir, ils ne lâcheront pas ? Un slogan pour une impasse garantie avec malheureusement une grosse facture à la clef !

                         Ne pas former un mouvement politique

En ne voulant pas former un mouvement politique ce qu’ils disent en fait c’est ne pas arriver à se mettre d’accord sur un programme commun, un but commun. Et c’est bien là le hic, pas seulement des GJ. J’ai fait le même constat dans des associations de défense de l’environnement et d’autres l’ont fait dans des organisations de luttes diverses. Chacun veut son truc à lui dans un mouvement commun et n’est pas d’accord avec le truc du voisin, sauf de n’être pas d’accord avec ce qui est. Cela s’appelle la zizanie et avec cette force-là entre soi, il est impossible de gagner quelque lutte que ce soit. Depuis des lustres en France chaque catégorie socio-professionnelle veut plus de sous pour elle, ce qui veut dire une plus grosse part du gâteau, et moins de charges, ce qui veut dire une minoration de leur contribution au collectif.

Le résultat de ces objectifs maladroits, cacophoniques ou réactifs  et des actions qui en découlent ? Les tenants du statu quo veulent qu’ils rentrent chez eux et que tout redevienne comme avant.

Mais rien ne reviendra comme avant ma brave dame car ça aussi c’est un objectif naze de chez naze. Comment peut-on avoir laissé dériver son pays pendant des années sans voir le péril s’accumuler ? Comment peut-on avoir sacrifié les biens communs ; routes, services publiques, enseignement supérieur, entreprises nationales, délocalisation de nos savoir-faire… sans broncher, sans se lever le cul ? Comment a-t-on pu observer la création de précaires à la pelle et penser qu’on garderait le confort et la paix qui découlaient des garde-fous sociaux mis en place après-guerre ? Quels riches peuvent se sentir à l’abri quand des hordes d’affamés vivent au pied de leurs immeubles, les servent dans leur maison, travaillent dans leurs usines ?

Nous ne pouvons pas revenir comme avant parce que l’histoire va dans le sens du progrès et qu’elle détruit irrémédiablement tout ce qui est obsolète et n’est plus apte à la prochaine étape.  La donne a changé, alors que vous le vouliez ou non, il faut s’adapter à cette nouvelle donne et s’adapter veut dire changer. Je sais, changer est un gros mot mais j’assume. Et avant toute chose, il nous faut changer d’objectifs.

Notre gâteau se rétrécit, la terre s’épuise et nous sommes toujours plus nombreux à vouloir lui soutirer toujours plus. Donc notre vieil objectif à tous, plus pour moi et moins pour toi, ne peut qu’aboutir à une vieille combine de régulation naturelle : la guerre, la guerre économique et la guerre de classe entrant dans cette catégorie-là et avec elle des millions de morts.

A moins que quelques-uns arrivent à dépasser cet horizon fatal et se fixent des objectifs alternatifs salutaires, réellement salutaires, c’est-à-dire qui soient durablement viables. Cela s’appelait en politique un programme, s’appelle en business un projet, en leadership une vision, en spiritualité un idéal.

Quel que soit le nom que vous lui donnez, s’il vous plait transformez votre colère, votre rébellion, votre insatisfaction en objectif et mettez-vous en  tête de le réaliser parce que si vous ne le faites pas, ils ne le feront pas pour vous.

Macron and Co ils ont l’avantage sur nous, les 99% ; ils savent ce qu’ils veulent. Leur projet : nous faire travailler plus, nous faire travailler pour moins, nous faire consommer plus en nous endettant plus, nous taxer plus, nous éliminer plus vite dès que nous produisons moins pour un seul but rien que pour leur pomme : gagner plus, encore plus, toujours plus, toujours toujours plus.  Et ils le font toujours plus bien depuis des générations. Ils sont organisés pour ça.

Ils ont des think-tanks, des G7, des G8, des gilettes pour nous raser plus net, des sommets, des sectes qui savent te maçonner de jolies lois casse-pipe, des Otan en emporte la démocratie où ils se concertent et où ils sélectionnent, formatent et backent pas chiche ceux qui feront le sale boulot pour eux. Et ils y arrivent méga top bien. Certains appellent ça du complot, c’est juste de la bonne vieille stratégie, du bon vieux machiavélisme. Définir des objectifs, décider des moyens, se mettre d’accord dessus, s’allier pour le réaliser, planifier les actions et distribuer des noisettes pour acheter des gigolos à tout faire et s’en débarrasser une fois qu’ils sont grillés.

Donc on sait ce qui nous reste à faire, leur faire concurrence ! Plancher pour déjà construire en pensée un avenir radieux pour nous, nos enfants et petits-enfants parce que pour arriver à destination, le mieux c’est encore de savoir où l’on veut arriver.

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