Comment on est devenus cons

Hier j’avais rendez-vous avec le maire de ma petite commune du Limousin pour avoir quelques informations sur les abords de la maison qui pourrait me convenir.

La discussion se déroule bien, il est aimable, il répond à mes questions, note les points sur lesquels il va se renseigner, m’explique les projets en cours et ceux qui sont arrêtés. Bref tout va bien jusqu’à ce que j’aborde la question qui fâche. Si, vous le savez, entre humains et dans toute conversation qui ne se limite pas à la météo, il y a forcément une question qui fâche.

Là ce sont quatre engins motorisés sur des pieux de 180 mètres qui brassent l’air en polluant la vue, sifflant et troublant les sens qui sont l’objet de la tension entre l’édile probablement soucieux de ses bakchichs et la villageoise soucieuse de ses cadre de vie et santé.

Lors à ma question « Où en est le projet d’implantation des éoliennes géantes qui devraient orner majestueusement les monts qui surplombent la commune ? », il ne peut réprimer un rictus que je décode comme : « Merde, nous y voilà ! ».

Sans l’avoir interrogé sur les quelconques nuisances qui « pourraient » résulter du champ de moulins à turbines, il commence par me dire qu’étant acousticien, il sait qu’on entendra rien.

Ben voyons Jojo ! Au royaume des vendeurs le client est un gogo. J’adore les techniciens et autres experts forts en gueule. Parce qu’ils ont le diplôme, ils savent tout sans ouvrir un dossier, sans expertiser. Alors pourquoi les ingénieurs du projet des grands mâts des hurlevents ont bien précisé des mois en amont qu’ils menaient une étude acoustique ? Pourquoi, si monsieur le maire sait qu’il n’y aura pas un pschitt de décibels à la ronde ? En fait, il sait surtout que ce genre d’étude arrive généralement à la conclusion que les nuisances sont en dessous des seuils autorisés, seuils fixés par ceux-là même qui veulent faire passer leur recherche de gains pour un progrès humain.   

Donc, j’accueille avec un scepticisme de mauvais aloi son explication, d’autant plus qu’il n’a visiblement jamais exercé son métier mais a bifurqué dans la banque, ce qui est plus affinitaire avec le but que je subodore au ci-devant projet : remplir les poches de quelques-uns bien placés sur le dos de quelques-uns bien-coincés. Lui, suffisamment fin pour comprendre le flop de son argument choc, embraye sur le deuxième qu’il a en stock : « C’est moins nuisible que la wifi ! ».

Bingo, l’os commence à se déterrer tout seul. Je savoure d’avance la traversée de sa disculpation à la rame. Et oui, sans autre encouragement qu’une moue dubitative, on passe de « pas nuisible du tout » à « moins nuisible ».

En effet, dans ce monde civilisé qui poursuit à toute blinde sa marche en avant vers le néant, il y a un moyen éprouvé pour faire taire les alarmes du pékin moyen sur les nuisances occasionnées par les méfaits technologiques « pour notre bien ». Comme on ne peut les nier vu les évidences, on les compare à celles de technologies déjà sur le marché et qui appartiennent à deux catégories ; celles qu’on a déjà acceptées malgré des effets négatifs avérés et celles qui sont le fait des autres catégories de business-bienfaiteurs de l’humanité qui commencent par leurs propres intérêts et s’arrêtent à leur propre intérêt.

Ainsi nous avons comme cela des raisonnements qui tiennent tout à fait la route et que monsieur et madame tout le monde gobent avec avidité dans leur bain de télé quotidien. C’est que c’est tellement chiant de devoir se révolter, s’angoisser et combattre toutes ces insanités qu’on nous invente et vend à longueur d’année que l’on bénit nos journaleux et animateurs de bassesses carabinées de nous rassurer en deux coups de rhétorique 100% brain-washing. La tranquillité, à 139 euros la redevance tv, c’est pas cher payé !

Petit aperçu des horreurs qu’on nous fait gober avec cette astuce pour faire taire les cons qu’avaient en fait jamais eu envie d’autre chose que pas s’bouger.

Les nanoparticules dans les bombecs vous inquiètent chère petite madame ? Tranquillisez-vous, c’est dix fois moins toxique que les perturbateurs endocriniens qu’on a mis dans tout. 

« Ouais, là j’sais pas » qu’elle répond la mam, « J’me sens pas vachement vachement plus cool. Vous pouvez me lobotomiser un peu plus profond ? »

Mais bien sûr ma p’tite dame. Vous pensez que l’état va brader la Française des Jeux et nous faire perdre 3,3 milliards de rentrées par an ? Mais qu’est-ce que trois milliards à côté du manque à gagner des journées de commerce parisien gâchées par les gilets jaunes ?

Ouais, non, c’est vrai. « Il a raison » que dit la dame Nicolle, une de mes voisines parisiennes qui vient péter sa haine des pouilleux en terrain pas conquis et qui aime les hiboux et les gilets jaunes à terre parce qu’il faut que ça cesse. Et pof, bradons-là la Française de Jeux, notre vache à lait. Peu importe si le manque à gagner va être compensé par nos impôts l’année suivante. Qui pense à l’année suivante hein ?

Après, l’autre expert recruté/payé par les opérateurs de la téléphonie, nous explique que la Wifi c’est rien, ça crée pas de problèmes dans le cerveau vu que ce qui crée le problème en fait c’est l’aluminium, que ça y crée des vrais dégâts et l’affaiblit face aux ondes.

Ah, l’aluminium ! C’est pas la ministre de la santé qui disait que ça faisait rien dans les vaccins mais, en même temps, que les dommages causés le valaient bien au regard d’un gros danger bien plus important que de devenir neuneu, se choper la rougeole ? Ouh, la rougeole revenait au grand galop, alors l’aluminium… C’est parce que c’est anodin d’ailleurs que les vétos l’on fait enlever des vaccins, mais pas les toubibs. Les veaux doivent valoir plus que les marmots, j’en déduis. Faut croire aussi que quand on ne veut pas, on ne peut pas !

Passons maintenant à l’angoisse de la décennie, le réchauffement climatique. Oui le réchauffement, vous savez, ce truc qui n’existe pas selon le grand blond américain à cravate rouge et dont l’un des prédécesseurs à fort QI (lol), affirmait que c’était bien plus sain que le risque de récession économique causé par les freins écologiques au développement anarchique.

Ben si, voyez, le chômage il est causé par les écolos ! Plus c’est gros plus ça marche pour la ménagère de plus de cinquante ans qui croit que Macron il est pas grillé sur la scène internationale, qu’il va sauver le monde parce qu’il est beau et qu’il aime les vieilles comme elles puisqu’il en trimbale une à ses côtés ! Ah le marketing ! Faut reconnaître qu’il a été bien coaché le chouchou aux mamies qui n’aime que les mignons à papys !

Après dans le genre « Quoi qu’est le plus pire ? » pour détourner l’attention de la saloperie que je veux te refourguer, y a les pesticides qui foutent le bourdon aux abeilles. Qu’est-ce que vous allez pleurer pour quelques mètres vaporisés en nuage cancérigènes près de vos baraques quand les herbicides sont vendus en sus et pas en option dans les denrées que vous mangez ?

C’est vrai, quoi. En plus ils ont raison. Tant qu’à y être on va pas s’arrêter de manger.

C’est donc forts de ce type de raisonnements que nous empilons maintenant joyeusement les nuisances.

Les perturbateurs endocriniens s’ajoutent aux nanoparticules, elles-mêmes exhaussées par les conservateurs que les vers de terre ne veulent même pas becqueter, qui s’ajoutent aux fumées d’échappement, qui rehaussent la pollution à l’ozone, qui s’allient parfaitement à la production pléthorique de CO2, le tout agrémenté de deux doigts de dioxine comme il se doit et qui font un cocktail explosif, juste quelques maladies heureusement bien chroniques pour la big pharmacie cynique.

Mais notre petite tambouille de mauvaise cuisine chimique ne s’arrête pas là. Passons à la physique des ondes. Le millefeuille déjà bien farci s’en prend une nouvelle couche avec la 5G qui s’annonce mirifique pour ses dégâts collatéraux, le Linky et le radioactif, le smartphone et le micro-onde, les IRM et les radiographies.

Sur ce on rajoute une couche de crème de merde avec les micro-plastiques qu’on retrouve dans le sang, les métaux lourds qui se concentrent dans nos organes, les rejets atmosphériques des bagnoles et des avions, des cargos et des p’tits bateaux, plus les pesticides, les antifongiques, les anti-herbes, les anti-odeurs, les anti-acariens, les anti-conceptifs, les anti-mal de crâne, les anti-maladie du lundi, les anti-bandaison ramollie et j’en passe.  

Côté sonore je vous fais grâce de l’accumulation de bruits entre les voitures, les avions, les sirènes, les cris, les musiques nulles, la tv, les réclames, les ondes infra sonores qui vrillent les tympans, les périphériques, le clébard du voisin ; aucun risque de surexposition vous en conviendrez.

Heureusement, dans mon bled paumé, il nous reste une chose qui nous réjouit le cœur et la vue : nous avons un beau paysage. Si ! Ça nous met du beau dans les yeux. Des arbres magnifiques, des chênes et châtaigniers centenaires, des collines, des bosquets, des champs, des prés, des vaches rouquines, des marres à tritons et salamandres, des lapins, des biches, des ragondins et des oiseaux par paquets. C’est pourquoi monsieur le maire trouve qu’il y a encore de quoi gâcher ; des éoliennes pour faire « in » et mettre les migrateurs « out », de la tôle pour faire comme au supermarché, des turbines pour rehausser le chant du vent, des pâles pour décorer le ciel de grands piquants, pour ragaillardir la désirabilité de nos environs et donner un air punk aux toitures de nos maisons.

Mais bon, je le sais bien, je suis une rabat-joie. Tout cela est estampillé progrès par les autorités. Et le progrès, c’est bien connu, parce que c’est eux qui le disent, on ne l’arrête pas !

Ben, si on l’arrête le progrès dans l’art de nous rendre malades et enlaidir nos vies, et vite encore. Et on commence par une simple étape, cesser de dire « amen » à tous ces enfoirés et arrêter de faire les cons.

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