Agriculteurs : toujours plus loin dans les conduites suicidaires

Pruneau d’Agent IGP-N

Quand j’écrivais « Ces pauvres gentils agriculteurs agribashés » il y a deux mois, je me doutais que leurs larmes de crocodiles médiatiques cachaient un coup fourré. Bingo ! J’aurais préféré me tromper notez, mais ce gouvernement et une grande partie de la population prompte à tirer sur tout ce qui la dérange, et un peu près tout ce qui vient des autres la dérange, commencent à être, pour notre malheur, prévisibles.

Ainsi, face à une recrudescence d’esprits chagrins qui en ont marre d’inhaler, d’ingérer, de stocker dans leurs tissus les fameux « perturbateurs » endocriniens – vous goûterez au passage le bel emballage sémantique cogité pour marketer en bémol les bousilleurs de vie que sont les cocktails chimiques et pharmacologiques de l’agriculture non séculaire et autres potions vétérinaires de dopage musculaire – quelle est la réponse du monde agricole fier de ses pratiques problématiques ?

 

            1   Se poser, écouter, prendre en compte leurs légitimes inquiétudes.

            2   Réunir et analyser les études menées.

            3   Convenir que les données de santé posent question et présagent de notre mort auto-administrée.

            4   Appeler leurs membres à imaginer, développer et tester des pratiques culturales saines, pour le bien de tous.

 

Je déc’ ! Les dérangeurs endocriniens m’ont tourneboulé les synapses je crains. S’entendre, s’accorder, se respecter, ça n’existait que dans les prémisses du monde avorté des peace lovers qu’ont pas survécu aux seventies ou dans les formations très mode de communication non violente où tu souffres à écouter les autres pour convenir ensemble d’une route partagée et dont tes bonnes résolutions fraternelles s’éclipsent dès la porte des étoiles du séminaire refermée. 

En vrai, les agri-tueurs d’herbe, de sols et d’insectes ont eu une idée comme on en fait depuis que le monde est monde et que l’homme se le fait à sa tronche : fermer la gueule de ses détracteurs ! Ouais, faut pas forcer sur la nouveauté. Les OGM c’est bon pour faire du gros cochon pas pour modifier les étrons. Et comme en plus ils ont la loi du plus fort pour eux, y z’allaient pas chipoter sur la grosse cavalerie ; lancer les poulets alloués sur les coqs militants et criants pour défendre leurs poulettes en batterie de dix mille et leurs vaches en stabulations de mille.

C’est ainsi que Castanerf de bœuf, le big boss des Dark Tatort,  leur a créé une unité de flicaille spéciale de répression du grand banditisme agricole : la cellule Déméter. A ne pas confondre avec le label Déméter qui cultive plus bio que bio, le gang de la déesse fait pas dans la caresse.

Ses champs d’action bien balisés concentrent la lutte traditionnelle contre les vols, le vandalisme et les violences faites au bétail. Jusque-là, rien d’anormal. Le petit hic est dans une petite phrase hystérique qui pique gravissime une liberté d’expression déjà passablement chimérique.

Ainsi nous lisons sur le site du gouvernement [ lien au bas de l’article ]

Quels sont les faits visés par la cellule Déméter ?

Oui, quels sont-ils ? Suspense haletant ! Patience, vous allez d’abord devoir vous coltiner les sempiternels refrains de la langue de bois qui vous laisseront la gueule du même nom.

Ainsi, nous avons :  » La nécessité d’appréhender la globalité du phénomène des atteintes au milieu agricole implique que le périmètre de compétence de la cellule Déméter englobe la prévention et le suivi :

 

  • des actions de nature idéologique, qu’il s’agisse de simples actions symboliques, de dénigrement ou d’actions dures ayant des répercussions matérielles ou physiques. « 

Oui, vous avez bien lu, des gendarmes vont être mobilisés pour lutter contre des fauteurs d’actions symboliques. Bravo ! Hip hip hip ! On n’aurait pas de sous pour payer les retraites mais on en a pour financer des plans ineptes.  Et en même temps, des ex-pas forcément repentis djihadistes sont libérés de prison avant la fin de leur peine. Faut croire qu’en France on a une idée de qui sont les vrais terroristes : les terreurs  dénigrantes et symboliques ! En marche pour le Poutine d’Or de la liberté de conscience.

Bon, faut qu’je fasse gaffe ; d’ici que ma prose soit jugée idéologique ou symbolique ou pire, les deux à la fois, je me retrouve sous écoute, traduite en justice pour atteinte à la liberté de polluer avec bracelet électronique au pied des fois que je m’approche trop près des champs de mes voisins terriens.

Dommage pour les fomenteurs de zizanie qui mettent tous les lanceurs d’alerte dans la même catégorie, je m’entends bien avec certains d’entre eux. Ici, dans mon coin de Limousin, ils font des escargots, du fromage de chèvre, du miel, de la vache au pré qui stresse pas vraiment de la life et que j’aime bien regarder paître en m’baladant sur les routes à 80, ça laisse le temps d’admirer. J’ai même réussi à me faire prêter des prés par un JA (Jeune Agriculteur), tailler une bavette avec un GAPH (Gros Agriculteur Pété d’Hectares) alors même que les chevaux de ma fille squattaient indûment son pré après une évasion du leur très réussie et me faire respecter par l’APP (Agriculteur Pas Poli) voisin depuis qu’on a sauvé ensemble un couple de citadins qu’avait mangé le fossé avec leur jolie caisse.

 

Mais, patatras, comme je suis contre l’immodération en tout et les excès qui mènent aux ennuis pas modérés, voilà que la FNSEA fait de moi leur ennemie jurée !

Il y aurait beaucoup à dire sur les vertus du dialogue et la conception de solutions respectueuses de tous, mais comme j’en ai ma claque de prêcher dans le désert, je me console avec cette idée délicieuse : les poulagas, maintenant qu’ils sont obligés de suivre à la trace les grands fauteurs de troubles symboliques, ils vont être obligés de les écouter. C’est ballot, précisément ce qu’ils ne peuvent pas sacquer.

Et là, qu’est-ce qui va ressortir de leur espionnage ? La longue liste des nocivités dûment répertoriées, analysées, chiffrées des intrants du monde agricole sur notre santé à tous. Et quand ils tomberont sur les statistiques de la fertilité masculine et des propriétés démasculinisantes de certaines molécules versées sur les cultures et conservées par les plantes jusque dans nos assiettes, ils comprendront alors à qui ils doivent de bander mou, de se mélanger les pipeaux sur leur identité sexuelle et pourquoi les plus jeunes d’entre eux sont frappés d’un taux hallucinant d’infertilité.

Plus rigolo, les mecs et les nymphettes musclées, vont devoir cogiter sur la nature de ce qui est symbolique et ne l’est pas. Ça va disserter grave dans les postes ! Et puis, quand ils auront, face aux épandeurs de détraqueurs endocriniens, des militantes à seins nus joliment vêtues de coquelicots pour leur cacher le sexe, je sens qu’il va y avoir des discussions hardies et ardues, des conflits de parties intimes…

 

Au final, pour le plus grand bien de la société en général et de ceux qui veulent vivre l’avenir sans chimiothérapies, nous aurons donc une gendarmerie plus cultivée, plus épanouie du chef, plus subtile et nuancée, en un mot, plus tolérante !

Et alors « liberté, égalité, fraternité » sortira du champ idéologique symbolique pour ensemencer le terrain de la création pratique.

Ce jour n’est pas près d’arriver, certes, mais il faut que quelques-uns d’entre nous continuent à en cultiver l’esprit pour lui laisser une chance de survivre et voir le jour quand le temps de la honte répressive sera passé.

Quant au projet FNSEA de nous faire taire, de nous faire peur et de se faire aimer par-dessus le marché, rappelez-vous les tractomen que chercher des cognes aux masses c’est comme chercher des poux à vos béliers, verrats et taureaux, c’est juste suicidaire ! 

Plan de survie psychique

Dans les circonstances présentes où la mayonnaise de la haine, de la répression et de la pollution de toutes les dimensions saines de la vie prend plus forte consistance de jour en jour, les hommes et les femmes de bonne volonté sont confrontés à un terrible défi : éviter de se laisser contaminer par les poisons physiques, émotionnels et psychiques croissants et s’épargner les conséquences funestes de la réactivité inopérante. 

Qu’avez-vous prévu pour y arriver ?

Infos

Pour ceux qui veulent vérifier l’info et en savoir plus, deux entrées pour commencer :

 

Le site de Reporterre, webmagazine spécialisé dans l’information sur l’environnement et le monde agricole.

https://reporterre.net/Le-gouvernement-cree-une-cellule-militaire-pour-surveiller-les-opposants-a-l-agro-industrie

 

Les sites du gouvernement avec la présentation de la cellule Demeter : 

https://www.interieur.gouv.fr/Le-ministre/Dossiers-de-presse/Presentation-de-DEMETER-la-cellule-nationale-de-suivi-des-atteintes-au-monde-agricole

https://www.interieur.gouv.fr/Le-ministre/Dossiers-de-presse/Presentation-de-DEMETER-la-cellule-nationale-de-suivi-des-atteintes-au-monde-agricole

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Ces pauvres gentils agriculteurs agribashés

L’art d’inverser le sens de la culpabilité.

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